Les Noces Chimiques

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Publicado el : viernes, 22 de julio de 2011
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The Project Gutenberg EBook of Les Noces Chimiques, by Christian Rosencreutz Copyright laws are changing all over the world. Be sure to check the copyright laws for your country before downloading or redistributing this or any other Project Gutenberg eBook. This header should be the first thing seen when viewing this Project Gutenberg file. Please do not remove it. Do not change or edit the header without written permission. Please read the "legal small print," and other information about the  eBook and Project Gutenberg at the bottom of this file. Included is important information about your specific rights and restrictions in how the file may be used. You can also find out about how to make a donation to Project Gutenberg, and how to get involved.
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Title: Les Noces Chimiques Author: Christian Rosencreutz Release Date: April, 2005 [EBook #7854] [This file was first posted on May 24, 2003] Edition: 10 Language: French Character set encoding: ISO-8859-1 *** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK, LES NOCES CHIMIQUES ***
Carlo Traverso, Charles Franks, and the Online Distributed Proofreading team
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 LES  NOCES CHIMIQUES  DE  CHRISTIAN ROSENCREUTZ  ANNE 1459
 Les secrets perdent leur valeur;  la profanation dtruit la grce.
 Donc: ne jette pas les perles aux porcs,  et ne fais pasunne un lit de roses.
 STRASBOURG  Chez les Hritiers de feu Lazare Zetzner  Anne M. DC. XVI
PREMIER JOUR
Un soir, quelque temps avant Pques, j'tais assis devant ma table et je m'entretenais, selon mon habitude, longuement avec mon Crateur, dans une humble prire. Je mditais profondment les grands secrets, que le Pre de la Lumire, dans sa majest, m'a laisscontempler en grand nombre, plein du dsir de prparer dans mon coeur un pain azyme sans tache, avec l'aide de mon agneau de Pques bien-aim. Soudain le vent vintsouffler avec tant de violence qu'il me sembla que la montagne dans laquelle ma demeuretait creuse, s'croulerait sous la rafale. Cependant, comme cette tentative du diable, qui m'a accablde bien des peines, resta sans succs, je repris courage et persvrai dans ma mditation. Toutcoup je me sens touchau dos; j'en fus si effrayque je n'osai me retourner, quoiqu'en mme temps j'en ressentisse une joie comme la faiblesse humaine n'en peut connatre que dans de semblables circonstances. Comme on continuaitme tirer par mes vtements,plusieurs reprises, je finis cependant par me retourner et je vis une femme admirablement belle, vtue d'une robe bleue parseme dlicatement d'toiles d'or, tel le ciel. Dans sa main droite elle tenait une trompette en or, sur laquelle je lus aisment un nom, que l'on me dfendit de rvler par la suite; dans sa main gauche elle serrait un gros paquet de lettres,crites dans toutes les langues, qu'elle devait distribuer dans tous les pays comme je l'ai su plus tard. Elle avait des ailes grandes et belles, couvertes d'yeux sur toute leur tendue; avec ces ailes elle s'lanait et volait plus vite que l'aigle. Peut-tre aurais-je pu faire d'autres remarques encore, mais, comme elle ne resta que trs peu de temps prs de moi tandis que j'tais encore plein de terreur et de ravissement, je n'en vis pas davantage. Car, ds que je me retournai, elle feuilleta son paquet de lettres, en prit une et la dposa sur la table avec une profonde rvrence; puis elle me quitta sans m'avoir dit une parole. Mais en prenant son essor, elle sonna de sa trompette avec une telle force que la montagne entire en rsonna et que je n'entendis plus ma propre voix pendant prs d'un quart d'heure. Ne sachant quel parti prendre dans cette aventure inattendue, je tombaigenoux et priai mon Crateur qu'il me sauvegardt de tout ce qui pourraittre contrairemon salutternel. Tout tremblant de crainte je pris alors la lettre et je la trouvai plus pesante que si elle avaitttoute en or. En l'examinant avec soin, je dcouvris le sceau minuscule qui la fermait et qui portait une croix dlicate avec
_ _ _ _ l'inscription: In hoc signo + vinces . Ds que j'eus aperu ce signe je repris confiance car ce sceau n'aurait pas plu au diable qui certes n'en faisait pas usage. Je dcachetai donc vivement la lettre et je lus les vers suivants,crits en lettres d'or sur champ bleu:  Aujourd'hui, aujourd'hui, aujourd'hui,  Ce sont les noces du roi;  Si tu es npour y prendre part  Elu par Dieu pour la joie,  Va vers la montagne  Qui porte trois temples [NocesChimiqes-1.png]  Voir lesvnements.  Prends gardetoi,  Examine-toi toi-mme.  Si tu ne t'es pas purifiassidment  Les noces te feront dommage.  Malheurqui s'attarde l-bas.  Que celui qui est trop lger s'abstienne.  Au-dessous comme signature:  Sponsus et Sponsa . _ _ A la lecture de cette lettre je faillis m'vanouir; mes cheveux se dressrent et une sueur froide baigna tout mon corps. Je comprenais bien qu'iltait question du mariage qui m'avaittannoncdans une vision formelle sept ans auparavant; je l'avais attendu et souhaitardemment pendant longtemps et j'en avais trouvle terme en calculant soigneusement les aspects de mes plantes; mais jamais je n'avais souponnqu'il aurait lieu dans des conditions si graves et si dangereuses. En effet, je m'tais imaginque je n'avais qu'me prsenter au mariage pourtre accueilli en convive bienvenu et voici que tout dpendait de l'lection divine. Je n'tais nullement certain d'tre parmi leslus; bien plus, en m'examinant, je ne trouvais en moi qu'inintelligence et ignorance des mystres, ignorance telle que je n'tais mme pas capable de comprendre le sol que foulaient mes pieds et les objets de mes occupations journalires;plus forte raison je ne devais pastre destin approfondir etconnatre les secrets de la nature. A mon avis, la nature aurait pu trouver partout un disciple plus mritant,qui elle et pu confier son trsor si prcieux, quoique temporel et prissable. De mme je m'aperus que mon corps, mes moeurs extrieures et l'amour fraternel pour mon prochain n'taient pas d'une puretbienclatante; ainsi, l'orgueil de la chair perait encore par sa tendance vers la considration et la pompe mondaines et le manque d'gards pour mon prochain. J'tais encore constamment tourmentpar la pense d'agir pour mon profit, de me btir des palais, de me faire un nom immortel dans le monde et autres choses semblables. Mais ce furent surtout les paroles obscures, concernant les trois temples, qui me donnrent une grand inquitude; mes mditations ne parvinrent paslesclaircir, et, peut-tre, ne les aurais-je jamais comprises si la clef ne m'en avaittdonne d'une manire merveilleuse. Ballottainsi entre la crainte et l'esprance, je pesais le pour et le contre; mais je n'arrivais qu'constater ma faiblesse et mon impuissance. Me sentant incapable de prendre une dcision quelconque, rempli d'effroi par cette invitation, je cherchai enfin une solution par ma voie habituelle, la plus certaine: je m'abandonnai au sommeil aprs une prire svre et ardente, dans l'espoir que mon ange voudrait m'apparatre avec la permission divine
pour mettre un termemes doutes, ainsi que cela m'avaittdjaccordquelques fois auparavant. Et il en fut encore ainsi,la louange de Dieu, pour mon bien et pour l'exhortation et l'amendement cordial de mon prochain. Car,peine m'tais-je endormi, qu'il me sembla que j'tais couchdans une tour sombre avec une multitude d'autres hommes; et, l, attachsde lourdes chanes nous grouillions comme des abeilles sans lumire, mme sans la plus faible lueur; et cela aggravait encore notre affliction. Aucun de nous ne pouvait voir quoi que ce fut et cependant j'entendais mes compagnons s'lever constamment les uns contre les autres, parce que la chane de l'untait tant soit peu plus lgre que celle de l'autre; sans considrer qu'il n'y avait pas lieu de se mpriser beaucoup mutuellement, car noustions tous de pauvres sots. Aprs avoir subi ces peines pendant assez longtemps, nous traitant rciproquement d'aveugles et de prisonniers, nous entendmes enfin sonner de nombreuses trompettes et battre le tambour avec un tel art que nous en fmes apaiss et rjouis dans notre croix. Pendant que nouscoutions, le toit de la tour fut soulevet un peu de lumire put pntrer jusqu'que l'on put nous voir tombernous. C'est alors les uns sur les autres, car tout ce monde remuait en dsordre, de sorte que celui qui nous dominait tantttait maintenant sous nos pieds. Quantmoi, je ne restai pas inactif non plus mais je me glissai parmi mes compagnons et, malgrmes liens pesants, je grimpai sur une pierre dont j'avais russi, m'emparer; mais laussi je fus attaqupar les autres et je les repoussai en me dfendant de mon mieux des mains et des pieds. Noustions convaincus que nous serions tous librs mais il en fut autrement. Lorsque les Seigneurs qui nous regardaient d'en haut par l'orifice de la tour se furentgays quelque peu de cette agitation et de ces gmissements, un vieillard tout blanc nous ordonna de nous taire, et, ds qu'il eut obtenu le silence, il parla, si ma mmoire est fidle, en ces termes:  Si le pauvre genre humain  Voulait ne pas se rvolter,  Il recevrait beaucoup de biens  D'une vritable mre,  Mais refusant d'obir,  Il reste avec ses soucis,  Et demeure prisonnier.  Toutefois, ma chre mre ne veut pas  Leur tenir rigueur pour leur dsobissance;  Et laisse ses biens prcieux  Arriverla lumire trop souvent,  Quoiqu'ils y parviennent trs rarement,  Afin qu'on les apprcie;  Sinon on les considre comme fables.  C'est pourquoi, en l'honneur de la fte,  Que nous clbrons aujourd'hui,  Pour qu'on lui rende grce plus souvent  Elle veut faire une bonne oeuvre.  On descendra la corde;  Celui qui s'y suspendra  Sera dlivr. A peine eut-il achevce discours, que la vieille dame ordonnases serviteurs de lancer la corde dans la toursept reprises et de la ramener avec ceux qui auront pu la saisir. Oh Dieu! que ne puis-je dcrire avec plus de force l'angoisse qui nous
treignit alors, car nous cherchions tousnous emparer de la corde et par cela mme nous nous en empchions mutuellement. Sept minutes s'coulrent, puis une clochette tinta;ce signal les serviteurs ramenrent la corde pour la premire fois avec quatre des ntres. A ce moment j'tais bien loin de pouvoir saisir la corde, puisque, pour mon grand malheur, j'tais montsur une pierre contre la paroi de la tour, comme je l'ai dit; de cet endroit je ne pouvais saisir la corde qui descendait au milieu. La corde nous fut tendue une seconde fois; mais beaucoup parmi nous avaient des chanes trop lourdes et des mains trop dlicates pour y rester accrochs, et, en tombant ils en entranaient beaucoup d'autres qui se seraient peut-tre maintenus. Hlas! j'en vis qui, ne pouvant se saisir de la corde en arrachaient d'autres, tant nous fmes envieux dans notre grande misre. Mais je plaignis surtout ceux quitaient tellement lourds que leurs mains s'arrachrent de leurs corps sans qu'ils parvinssentmonter. Il arriva donc qu'en cinq alles et venues, bien peu furent dlivrs; carl'instant mme ole signaltait donn, les serviteurs ramenaient la corde avec une telle rapiditque la plupart de ceux qui l'avaient saisie tombaient les uns sur les autres. La cinquime fois notamment la corde fut retirevide de sorte que beaucoup d'entre nous, dont moi-mme dsespraient de leur dlivrance; nous implormes donc Dieu pour qu'il et pitide nous et nous sortit de cette tnbre puisque les circonstancestaient propices; et quelques-uns onttexaucs. Comme la corde balanait pendant qu'on la retirait elle vintpasser prs de moi, peut-tre par la volontdivine; je la suivis au vol et m'assis par-dessus tous les autres; et c'est ainsi que j'en sortis contre toute attente. Ma joie fut telle que je ne sentis pas les blessures qu'une pierre aigume fitla tte pendant la monte; je ne m'en aperus qu'au moment o,mon tour, je dus aider les autres dlivrsretirer la corde pour la septime et dernire fois; alors, par l'effort dploy, le sang se rpandit sur tous mes vtements, sans que je le remarquasse, dans ma joie. Aprs ce dernier retrait de la corde, ramenant un plus grand nombre de prisonniers, la dame chargea son trs vieux fils (dont l'ge m'tonnait grandement) d'exhorter les prisonniers restant dans la tour; celui-ci, aprs une courte rflexion, prit la parole comme suit:  Chers enfants  Quites l-bas,  Voici terminCe quitait prvu depuis longtemps.  Ce que la grce de ma mre A accord vos frres Ne leur enviez point. Des temps joyeux viendront bientt, Otous serontgaux; Il n'y aura plus ni pauvre ni riche.  Celuiqui on a commandbeaucoup  Devra apporter beaucoup,  Celuiqui on a confibeaucoup  Devra rendre des comptes svres.  Cessez donc vos plaintes amres;  Qu'est-ce que quelques jours. Ds qu'il et achevce discours, la toiture fut replace sur la tour. Alors l'appel des trompettes et des tambours retentit de nouveau, mais leurclat ne parvenait pasdominer les gmissements des prisonniers de la tour qui s'adressaienttous ceux quitaient dehors; et cela
me fit venir les larmes aux yeux. La vieille dame prit placectde son fils sur le sige dispos son intention et fit compter les dlivrs. Quand elle en eut appris le nombre et l'eut marqusur une tablette en or, elle demanda le nom de chacun qui fut notpar un page. Elle nous regarda ensuite, soupira et ditson fils (ce que j'entendis fort bien):Ah! que je plains les pauvres hommes dans la tour; puisse Dieu me permettre de les dlivrer tous. Le fils rpondit:Mre, Dieu l'a ordonnainsi et nous ne devons pas lui dsobir. Si noustions tous seigneurs et possesseurs des biens de la terre, qui donc nous servirait quand nous sommestable?. A cela, sa mre ne rpliqua rien. Mais bientt elle reprit:Dlivrez donc ceux-ci de leurs chanes. Cela fut fait rapidement et l'on me dbarrassa presque le dernier. Alors, quoiqu'ayant observd'abord la faon de se comporter de mes compagnons, je ne pus me retenir de m'incliner devant la vieille dame et de remercier Dieu, qui, par son intermdiaire, avait bien voulu me transporter de la tnbrela lumire, dans sa grce paternelle. Les autres suivirent mon exemple et la dame s'inclina. Enfin chacun reut comme viatique une mdaille, commmorative en or; elle portait sur l'endroit l'effigie du soleil levant, sur l'envers, si ma mmoire est fidle, les trois lettres D. L. S.. _ _  [ Deus Lux Solis vel Laus Semper: Dieu lumire du Soleil ou  A Dieu louange toujours.] Puis on nous congdia en nous exhortantservir notre prochain pour la louange de Dieu, ettenir secret ce qui nous avaittconfi; nous en fmes la promesse et nous nous sparmes. Or, je ne pouvais marcher qu'avec difficult,cause des blessures produites par les anneaux qui m'avaient encerclles pieds et je botais des deux jambes. La vieille dame s'en aperut, en rit, me rappela et me dit:Mon fils, ne t'attriste pas pour cette infirmit, mais souviens-toi de tes faiblesses et remercie Dieu qui t'a-laissparvenircette lumireleve, tandis que tu sjournes encore en ce monde, dans ton imperfection; supporte ces blessures en souvenir de moi. A ce moment, les trompettes sonnrent inopinment; j'en fus tellement saisi que je m'veillai. C'est alors seulement que je m'aperus que j'avais rv. Toutefois, j'avaistsi fortement impressionnque ce songe me proccupe encore aujourd'hui et qu'il me semble que je sens encore les plaies de mes pieds. En tous cas, je compris que Dieu me permettait d'assister aux noces occultes; je lui en rendis grce, en sa majestdivine, dans ma foi filiale, et je le priai de me garder toujours dans sa crainte, de remplir quotidiennement mon coeur de sagesse et d'intelligence et de me conduire enfin, par sa grce, jusqu'au but dsir, malgrmon peu de mrite. Puis je me prparai au voyage; je me vtis de ma robe de lin blanche et je ceignis un ruban couleur de sang passant sur lespaules et disposen croix. J'attachai quatre roses rougesmon chapeau, esprant que tous ces signes distinctifs me feraient remarquer plus vite dans la foule. Comme aliment, je pris du pain, du sel et de l'eau; j'en usai par la suite dans certains cas,plusieurs reprises, non sans utilit, en suivant le conseil d'un sage. Mais avant de quitter ma caverne, prt pour le dpart et parde mon habit nuptial, je me prosternaigenoux et priai Dieu qu'Il permt
que tout ce qui allait advenir ft pour mon bien; puis je Lui fis la promesse de me servir des rvlations qui pourraient m'tre faites, non pour l'honneur et la considration mondaines, mais pour rpandre Son nom et pour l'utilitde mon prochain. Ayant fait ce voeu, je sortis de ma cellule, plein d'espoir et de joie.
DEUXIME JOUR
A peinetais-je entrdans la fort qu'il me sembla que le ciel entier et tous leslments s'taient djpars pour les noces; je crus entendre les oiseaux chanter plus agrablement et je vis les jeunes cerfs sauter si joyeusement qu'ils rjouirent mon coeur et l'incitrentchanter. Je chantai donchaute voix:  Sois joyeux, cher petit oiseau;  Pour louer ton crateur  Elve ta voix claire et fine,  Ton Dieu est trs puissant;  Il t'a prparta nourriture  Et te la donne juste en temps voulu,  Sois satisfait ainsi.  Pourquoi donc serais-tu chagrin,  Pourquoi t'irriter contre Dieu  De t'avoir fait petit oiseau?  Pourquoi raisonner dans ta petite tte  Parce qu'il ne t'a pas fait homme?  Oh! tais-toi, il a profondment mditcela,  Sois satisfait ainsi.  Que ferais-je, pauvre ver de terre  Si je voulais discuter avec Dieu?  Chercherais-jeforcer l'entre du ciel  Pour ravir le grand art par violence?  Dieu ne se laisse pas bousculer;  Que l'indigne s'abstienne.  Homme, sois satisfait.  S'il ne t'a pas fait empereur  N'en soit pas offens;          Tu aurais peut-tre mprisson nom  Et de cela seul il se soucie.  Les yeux de Dieu sont clairvoyants;  Il voit au fond de ton coeur  Donc tu ne le tromperas pas. Et mon chant, partant du fond de mon coeur se rpandittravers la fort en rsonnant de toutes parts. Les montagnes me rptrent les dernires paroles au moment o, sortant de la fort, j'entrais dans une belle prairie. Sur ce prs'lanaient trois beaux cdres dont les larges rameaux projetaient une ombre superbe. Je voulus en jouir aussitt car malgrque je n'eusse pas fait beaucoup de chemin, j'tais accablpar l'ardeur de mon dsir; je courus donc aux arbres pour me reposer un peu. Mais en approchant de plus prs j'aperus uncriteau fix un arbre et voici les motscrits en lettreslgantes que je lus:
  Etranger, salut: Peut-tre as-tu entendu parler des Noces du Roi,
 dans ce cas, pse exactement ces paroles: Par nous, le Fianct'offre  le choix de quatre routes, par toutes lesquelles tu pourras parvenir  au Palais du Roi,condition de ne pas t'carter de sa voie. La  premire est courte, mais dangereuse, elle passetravers divers   cueils que tu ne pourrasviter qu'grand peine; l'autre, plus  longue, les contourne, elle est plane et facile sil'aide de  l'aimant tu ne te laisse dtourner, nidroite, nigauche. La  troisime est en vritla voie royale, divers plaisirs et  spectacles de notre Roi te rendent cette voie agrable. Maispeine  un sur mille peut arriver au but par celle-l. Par la quatrime,  aucun homme ne peut parvenir au Palais du Roi, elle est rendue  impossible car elle consume et ne peut convenir qu'aux corps  incorruptibles. Choisis donc parmi ces trois voies celle que tu  veux, et suis la avec constance. Sache aussi que quelle que soit  celle que tu as choisie, en vertu d'un Destin immuable, tu ne peux  abandonner ta rsolution, et revenir en arrire sans le plus grand  danger pour ta vie.  Voilce que nous avons voulu que tu saches, mais prends garde aussi  d'ignorer que tu dploreras d'avoir suivi cette voie pleine de  prils: En effet s'il doit t'arriver de te rendre coupable du  moindre dlit contre les lois de notre Roi, je te prie pendant qu'il  en est encore temps de retourner au plus vite chez toi, par le mme  chemin que tu as suivi pour venir. _  [ Hospes salve: si quid tibi forsitan de nuptiis Regis auditum.  Verba haec perpende. Quatuor viarum optionem per nos tibi sponsus  offert, per quas omnes, modo non in devias delabaris, ad Regiam  ejus aulam pervenire possis. Prima brevis est, sed periculosa, et  quae te in varios scopulos deducet, ex quibus vix te expedire  licebit. Altera longior, quae circumducet te, non abducet, plana  ea est, et facilis, si te Magnetis auxilio, neque ad dextrum,  neque finistrum abduci patieris. Tertia, vere Regia est, quae per  varias Regis nostri delicias et spectacula viam tibi reddet  jucundam. Sed quod vix millesimo hactenus obtigit. Per quartam  nemini hominum licebit ad Regiam pervenire, ut pote, quae  consumens, et non nisi corporibus incorruptibilibus conveniens  est. Elige nunc ex tribus quam velis, et in ea constans permane.  Scito autem quamcunque ingressus fueris: ab immutabili Fato tibi  ita destinatum, nec nisi cum maximo vitae periculo regredi fas  esse.  Haec sunt quae te suivisse eolvimus: sed heus cave ignores,  quanto cum periculo te huie viae commiseris: nam si te vel minimi  delicti contra Regis nostri leges nosti obnoxium: quaeso dum  adhuc licet pereandem viam, qua accessisti: domum te confer quam _  citissime. ] Ds que j'eus lu cette inscription, ma joie s'vanouit; et aprs avoir chantsi joyeusement je me mispleurer amrement; car je voyais bien les trois routes devant moi. Je savais qu'il m'tait permis d'en choisir une; mais en entreprenant la route de pierres et de rocs, je m'exposaisme tuer misrablement dans une chute; en prfrant la voie longue je pouvais m'garer dans les chemins de traverse ou rester en route pour toute autre cause dans ce long voyage. Je n'osais pas esprer non plus, qu'entre mille je serais prcisment celui qui pouvait choisir la voie royale. La quatrime route s'ouvraitgalement devant moi; mais elletait tellement remplie de feu et de vapeur que je ne pouvais en approcher, mme de loin. Dans cette incertitude je rflchissais s'il ne valait pas mieux renoncermon voyage; d'un part, je considrais mon indignit; mais d'autre part, le songe me consolait par le souvenir de la dlivrance de la tour, sans que je pusse cependant m'y fier d'une manire
absolue. J'hsitais encore sur le partiprendre, lorsque mon corps, accablde fatigue, rclama sa nourriture. Je pris donc mon pain et le coupai. Alors une colombe, blanche comme la neige, perche sur un arbre et dont la prsence m'avaitchappe jusqu'ce moment, me vit et descendit; peut-tre entait-elle coutumire. Elle s'approcha tout doucement de moi et je lui offris de partager mon repas avec elle; elle accepta, et cela me permit d'admirer sa beaut, toutmon aise. Mais un corbeau noir, son ennemi, nous aperut; il s'abattit sur la colombe pour s'emparer de sa part de nourriture, sans prter la moindre attentionma prsence. La colombe n'eut d'autre ressource que de fuir et ils s'envolrent tous deux vers le midi. J'en fus tellement irritet affligque je poursuivistourdiment le corbeau insolent et je parcourus ainsi, sans y prendre garde, presque la longueur d'un champ dans cette direction; je chassai le corbeau et je dlivrai la colombe. A ce moment seulement, je me rendis compte que j'avais agi sans rflexion; j'tais entrdans une voie qu'il m'tait interdit d'abandonner dornavant sous peine d'une punition svre. Je m'en serais consolsi je n'avais regrettvivement d'avoir laissma besace et mon pain au pied de l'arbre sans pouvoir les reprendre; car ds que je voulais me retourner, le vent me fouettait avec tant de violence qu'il me jetait aussittterre; par contre en poursuivant mon chemin je ne sentais plus la tourmente. Je compris alors que m'opposer au vent, c'tait perdre la vie. Je me mis donc en route en portant patiemment ma croix, et, comme le sort entait jet, je pris la rsolution de faire tout mon possible pour arriver au but avant la nuit. Maintes fausses routes se prsentaient devant moi; mais je lesvitai grcema boussole, en refusant de quitter d'un pas le mridien, malgrque le chemin ft frquemment si rude et si peu praticable que je croyais m'tregar. Tout en cheminant, je pensais sans cessela colombe et au corbeau, sans parveniren comprendre la signification. Enfin je vis au loin un portail splendide, sur une haute montagne; je m'y htais malgrqu'il ft trs, trsloignde ma route, car le soleil venait de se cacher derrire les montagnes sans que j'eusse pu apercevoir une ville au loin. J'attribue cette dcouverteDieu seul qui aurait bien pu me laisser continuer mon chemin sans m'ouvrir les yeux, car j'aurais pu le dpasser facilement sans le voir. Je m'en approchai, dis-je, avec la plus grande hte et quand j'y parvins les dernires lueurs du crpuscule me permirent encore d'en distinguer l'ensemble. Or c'tait un Portail Royal admirable, fouillde sculptures reprsentant des mirages et des objets merveilleux dont plusieurs avaient une signification particulire, comme je l'ai su plus tard. Tout en haut le fronton portait ces mots:  LOIN D'ICI,LOIGNEZ-VOUS PROFANES.  [ Procul hinc, procul ite prophani ] _ _ avec d'autres inscriptions dont on m'a dfendu svrement de parler. Au moment oj'arrivai au portail, un inconnu, vtu d'un habit bleu du ciel, vintma rencontre. Je le saluai amicalement et il me rpondit de mme en me demandant aussitt ma lettre d'invitation. Oh! combien fus-je joyeux alors de l'avoir emporte avec moi car j'aurais pu l'oublier aisment, ce qui, d'aprs lui,tait arriv d'autres. Je la lui prsentai donc aussitt; non seulement il s'en montra satisfait, maisma grande surprise, il me dit en s'inclinant:
Venez, cher frre, voustes mon hte bienvenu. Il me pria ensuite de lui dire mon nom, je lui rpondis que j'tais le frre de la Rose-Croix Rouge , il en tmoigna une agrable surprise. Puis il me _ _ demanda:Mon frre, n'auriez-vous pas apportde quoi acheter un insigne?Je lui rpliquai que je n'tais gure fortunmais que je lui offrirais volontiers ce qui pourrait lui plaire parmi les objets en ma possession. Sur sa demande, je lui fis prsent de ma fiole d'eau, et il me donna enchange un insigne en or qui ne portait que _ ces deux lettres: S.C. [ Sanctitate constantia, Sponsus Charus, Spes _ Charitas : Constance par la saintet; Fiancpar amour; Espoir par la charit.] Il m'engageame souvenir de lui dans le cas oil pourrait m'tre utile. Sur ma question il m'indiqua le nombre des convives entrs avant moi; enfin, par amiti, il me remit une lettre cachete pour le gardien suivant. Tandis que je m'attardaiscauser avec lui, la nuit vint; on alluma sous la porte un grand falot afin que ceux quitaient encore en route pussent se diriger. Or le chemin qui conduisait au chteau se droulait entre deux murs; iltait bordde beaux arbres portant fruits. On avait suspendu une lanterneun arbre sur trois de chaque ctde la route et une belle vierge vtue d'une robe bleue venait allumer toutes ces lumires avec une torche merveilleuse; et je m'attardais plus qu'il n'tait sageadmirer ce spectacle d'une beautparfaite. Enfin l'entretien prit fin et aprs avoir reu les instructions utiles je pris congdu premier gardien. Tout en cheminant je fus pris du dsir de savoir ce que contenait la lettre; mais comme je ne pouvais croireune mauvaise intention du gardien je rsistaila tentation. J'arrivai ainsila deuxime porte quitait presque semblablela premire; elle n'en diffrait que par les sculptures et les symboles secrets. Sur le fronton on lisait:  DONNEZ ET L'ON VOUS DONNERA.  [ Date et dabitur vobis .] _ _ Un lion froce, enchansous cette porte, se dressa ds qu'il m'aperut et tenta de bondir sur moi en rugissant; il rveilla ainsi le second gardien quitait couchsur une dalle en marbre; celui-ci me pria d'approcher sans crainte. Il chassa le lion, prit la lettre que lui je tendis en tremblant et me dit en s'inclinant profondment: Bienvenu en Dieu soit l'homme que je dsirais voir depuis longtemps. Ensuite il me prsenta un insigne et me demanda si je pouvais l'changer. Comme je ne possdais plus rien que mon sel, je lui offris et il accepta en me remerciant. Cet insigne ne portait encore que deux lettres: S. M. [ Studio merentis; Sal memor; Sponso mittendus; Sal _ _ mineralis; Sal menstrualis: Dsir de mriter; Sel du souvenir; Produit par le fianc; Sel minral; Sel des menstrues.] Comme je m'apprtaisconverser avec luigalement, on sonna dans le chteau; alors le gardien me pressa de courir de toute la vitesse de mes jambes, sinon tout mon travail et mes efforts seraient vains car on commenait dj  teindre toutes les lumires en haut. Je me mis immdiatementcourir, sans saluer le gardien car je craignais d'arriver trop tard, non sans raison. En effet, quelque rapide que ft ma course, la vierge me rejoignait djet derrire elle onteignait toutes les lumires. Et je n'aurais pu rester dans le bon chemin si elle n'avait fait arriver une lueur de son flambeau jusqu'moi. Enfin, pousspar l'angoisse, je parvinsentrer juste derrire elle;cet instant mme les portes furent refermes si brusquement que le bas de mon vtement fut pris; et je dus l'y abandonner car ni moi ni ceux qui appelaientce moment au
dehors, ne pmes obtenir du gardien de la porte qu'il l'ouvrt de nouveau; il prtendit avoir remis les clefsla vierge, qui les aurait emportes dans la cour. Je me retournai encore pour examiner la porte; c'tait un chef-d'oeuvre admirable et le monde entier n'en possdait pas une qui l'galt. A ctse dressaient deux colonnes; l'une d'elles portaitde la porte une statue souriante, avec l'inscription: CONGRATULATEUR [ Congratulor. ]; sur l'autre la statue cachait sa figure tristement _ _ et au-dessous on lisait: JE COMPATIS [ Condoleo ]. En un mot, on _ _ voyait des sentences et des images tellement obscures et mystrieuses que les plus sages de la terre n'eussent pu les expliquer; mais, pourvu que Dieu le permette, je les dcrirai tous sous peu et je les expliquerai. En passant sous la porte il m'avait fallu dire mon nom, qui fut inscrit le dernier sur le parchemin destinau futurpoux. Alors seulement le vritable insigne de convive me fut donn; iltait un peu plus petit que les autres mais beaucoup plus pesant. Les trois lettres suivantes ytaient graves: S.P.N.[ Salus per naturam; Sponsi _ praesentandus nuptiis : Santpar la nature; offert aux noces du _ fianc.]; ensuite on me chaussa d'une paire de souliers neufs, car le sol entier du chteautait dallde marbre clair. Comme il m'tait loisible de donner mes vieux souliersl'un des pauvres qui s'asseyaient frquemment mais trs dcemment sous la porte, j'en fis prsentun vieillard. Quelques instants aprs, deux pages tenant des flambeaux, me conduisirent dans une chambrette et me prirent de me reposer sur un banc; ce que je fis, tandis qu'ils disposaient les flambeaux dans deux trous pratiqus dans le sol; puis ils s'en allrent, me laissant seul. Toutcoup, j'entendis prs de moi un bruit sans cause apparente et voici que je me sentis saisi par plusieurs hommesla fois; ne les voyant pas je fus bien obligde les laisser agirleur gr. Je ne tardai pasm'apercevoir qu'ilstaient perruquiers; je les priai alors de ne plus me secouer ainsi et je dclarai que je me prteraistout ce qu'ils voudraient. Ils me rendirent aussitt la libertde mes mouvements et l'un d'eux, tout en restant invisible, me coupa adroitement les cheveux sur le sommet de la tte; il respecta cependant mes longs cheveux blanchis par l'ge sur mon front et sur mes tempes. J'avoue que, de prime abord, je faillis m'vanouir; car je croyais que Dieu m'avait abandonn cause de ma tmritau moment oje me sentis soulevsi irrsistiblement. Enfin, les perruquiers invisibles ramassrent soigneusement les cheveux coups et les emportrent; les deux pages revinrent alors et se mirentrire de ma frayeur. Maispeine eurent-ils ouvert la bouche qu'une petite clochette tinta, pour runir l'assemble ainsi qu'on me l'apprit. Les pages me prcdrent donc avec leurs flambeaux et me conduisirent la grande salle,travers une infinitde couloirs, de portes et d'escaliers. Une foule de convives se pressait dans cette salle; on y voyait des empereurs, des rois, des princes et des seigneurs, des nobles et des roturiers, des riches et des pauvres et toutes sortes de gens; j'en fus extrmement surpris en songeant en moi-mme:Ah! suis-je assez fou! pourquoi m'tre tant tourmentpour ce voyage! Voici des compagnons que je connais fort bien et que je n'ai jamais estims; les voici donc tous, et moi, avec toutes mes prires et mes supplications, j'y suis entrle dernier, etgrand'peine!
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