Des Indes occidentales à l’Amérique Latine. Volume 2

De

De part et d’autre de l’Atlantique, deux mondes longtemps unis sous l’autorité d’une même couronne, qu’elle soit espagnole ou portugaise, ont fini par se séparer au début du XIXe siècle. Les Indes occidentales sont alors devenues l’Amérique latine mais les héritages préhispaniques et coloniaux n’ont pas cessé d’influencer les paysages urbains, les sociétés rurales et les mentalités collectives du monde latino-américain. Réunies pour rendre hommage au professeur Jean-Pierre Berthe, les quarante-six contributions présentées ici veulent donner de ce vaste ensemble, hétérogène sur le plan politique mais cohérent sur le plan culturel, une vision dynamique fondée sur la prise en compte de la longue durée. Le regard croisé d’historiens, de géographes, de sociologues, d’ethnologues et de linguistes permet de varier les approches scientifiques et de comparer des problématiques de recherche qui dépassent le cadre du continent américain pour s’intéresser aux relations entretenues par la métropole avec ses colonies. Dans cette perspective, l’imaginaire et les représentations symboliques ont autant d’importance que les réalités de la vie quotidienne, les luttes pour l’exercice du pouvoir ou l’évolution des pratiques économiques. Plus qu’un simple volume d’hommages, ce livre est donc un outil de recherche qui offre au lecteur curieux mille sujets de réflexion, aussi bien dans le domaine de l’histoire économique et sociale que dans celui de l’ethnohistoire ou de la géographie historique.


Publicado el : miércoles, 24 de abril de 2013
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EAN13 : 9782821827936
Número de páginas: 491
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Des Indes occidentales à l’Amérique Latine. Volume 2

Thomas Calvo y Alain Musset (dir.)
  • Editor : Centro de estudios mexicanos y centroamericanos, CEMCA, IHEAL
  • Año de edición : 2006
  • Publicación en OpenEdition Books : 24 abril 2013
  • Colección : Historia
  • ISBN electrónico : 9782821827936

OpenEdition Books

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Referencia electrónica

CALVO, Thomas (dir.) ; MUSSET, Alain (dir.). Des Indes occidentales à l’Amérique Latine. Volume 2. Nueva edición [en línea]. Mexico: Centro de estudios mexicanos y centroamericanos, 2006 (generado el 09 noviembre 2013). Disponible en Internet: <http://books.openedition.org/cemca/2097>. ISBN: 9782821827936.

Edición impresa:
  • Número de páginas : 491

© Centro de estudios mexicanos y centroamericanos, 2006

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De part et d’autre de l’Atlantique, deux mondes longtemps unis sous l’autorité d’une même couronne, qu’elle soit espagnole ou portugaise, ont fini par se séparer au début du XIXe siècle. Les Indes occidentales sont alors devenues l’Amérique latine mais les héritages préhispaniques et coloniaux n’ont pas cessé d’influencer les paysages urbains, les sociétés rurales et les mentalités collectives du monde latino-américain. Réunies pour rendre hommage au professeur Jean-Pierre Berthe, les quarante-six contributions présentées ici veulent donner de ce vaste ensemble, hétérogène sur le plan politique mais cohérent sur le plan culturel, une vision dynamique fondée sur la prise en compte de la longue durée. Le regard croisé d’historiens, de géographes, de sociologues, d’ethnologues et de linguistes permet de varier les approches scientifiques et de comparer des problématiques de recherche qui dépassent le cadre du continent américain pour s’intéresser aux relations entretenues par la métropole avec ses colonies. Dans cette perspective, l’imaginaire et les représentations symboliques ont autant d’importance que les réalités de la vie quotidienne, les luttes pour l’exercice du pouvoir ou l’évolution des pratiques économiques. Plus qu’un simple volume d’hommages, ce livre est donc un outil de recherche qui offre au lecteur curieux mille sujets de réflexion, aussi bien dans le domaine de l’histoire économique et sociale que dans celui de l’ethnohistoire ou de la géographie historique.

Índice
  1. Le travail et l’argent

    1. Les revenus ecclésiastiques du diocèse de Guadalajara en 1708

      Thomas Calvo
      1. Appendice
    2. Auge y fin de la grana cochinilla en Cholula (1579-1663)

      Norma Angélica Castillo Palma
      1. La importancia del beneficio de la grana en Cholula
      2. Técnica de producción de la grana
      3. Los conflictos en la producción de la grana
      4. Abusos en el comercio de la grana con los Indios
      5. El fin de la producción de la grana en Cholula
    3. De la esclavitud al servicio personal (el régimen de trabajo en Yucatán durante el siglo xvi)

      Isabel Fernández Tejedo
      1. La esclavitud indígena durante el período prehispánico
      2. Las expediciones de reconocimiento y rescate
      3. La conquista de Yucatán
      4. Crisis demográfica
      5. La administración regular y el régimen legislativo
      6. Criados y Naborías
    4. Del deslumbramiento al cálculo. La reverberación de América en la conciencia económica Española

      Antonio Garcia-Baquero González
    5. Prices and the economic history of colonial Mexico

      Richard L. Garner
      1. Notes
    6. Alcool, fisc et santé publique en Nouvelle-Grenade au xviiie siècle

      Thomas Gomez
    7. «Extender a todo el Reino el comercio de América»: Pedro Rodriguez campomanes as proyectista (1762)

      Stanley J. Stein
    8. Las haciendas azucareras de la región de cuernavaca-cuautla y el resto del mundo, en los siglos xvii y xviii

      Gisela Von Wobeser
  2. Vie politique et enjeux de pouvoir

    1. Nación y clase obrera en Centroamérica en la época liberal (1870-1930)

      Victor Hugo Acuña Ortega
      1. El estado y la Nación
      2. Conciencia nacional y conciencia de clase
      3. Obrerismo e internacionalismo
      4. Nacionalismo e imperialismo
    2. Hipólito Villarroel: some unanswered questions

      Woodrow Borah
    3. « Si votre plumage... » signes d’identité, signes de pouvoir chez les Incas

      Thérèse Bouysse Cassagne
      1. Drôles d’oiseaux
      2. Pour faire le portrait d’un oiseau
      3. Les plumes de l’Inca
      4. Les ailes de l’ange...
    1. Diálogos sobre la historiografía de la revolución Mexicana

      Jean Meyer y John Womack
    2. De la Reconquista à la Conquista : transferts et adaptations dans le contrôle des populations étrangères

      Claude Morin
      1. Le transfert d’expériences ibériques : la Reconquête, laboratoire pour la conquête et le contrôle des Indes
      2. L’appropriation et l’adaptation d’institutions américaines
    3. Descubrir América en Europa: la asociación general de estudiantes latinoamericanos de París (1925-1933)

      Arturo Taracena Arriola
      1. La fundación
      2. Las primeras actividades
      3. El papel antimperialista
      4. La AGELA y el Congreso Antimperialista de Bruselas
      5. Las tendencias ideológicas
      6. La vigilancia policiaca
      7. Hacia la extinción
      8. Los últimos datos hasta ahora disponibles
  1. Images et récits

    1. La Guadalupe Mexicana a la deriva por el mar de China

      María Fernanda G. De Los Arcos
    2. Chile, el Reino de la guerra sin fin: la visión del p. Diego De Rosales S. J. (1603-1677)

      Fernando Casanueva
      1. El hombre y la obra
      2. Los indios chilenos
      3. La naturaleza de Chile
    3. Cartes et chroniques de guerre. À propos d’une carte du Haut-Pérou (1782)

      Marie-Danielle Demélas-Bohy
      1. Une carte inédite
      2. De la Jacquerie à la guérilla
      3. Vargas père et fils
      4. Heuristique
      5. Explicacion
      6. Nota la
      7. Nota 2a
    4. De Thomas More à la Chine

      Pascale Girard
    5. Por la revaloración etnohistórica de una fuete olvidada: la crónica de Indias

      Fermín Del Pino Díaz
      1. Historia y antropología
      2. La antropología como literatura
      3. Las crónicas de Indias: el caso del canibalismo
    6. Du plan à l’emblème : l’image de Tenochtu Lân-Mexico en 1520

      Dominique Pouligny-Gresle
      1. La naissance d’une image
      2. Le plan princeps
      3. Les dérivés du plan fondateur
      4. Trois cas : trois devenirs
      5. L’imaginaire de la Renaissance
    7. À propos d’une description de l’Espagne et du monde du début du xvie siècle

      Adeline Rucquoi
    8. La habana para un infante difunto de Guillermo Cabrera infante, ou le roman comme dictionnaire

      Carmen Val Julián
      1. Pulcherrima Habana
      2. Habaneros et habaneras
      3. Habanero(a), adjectif
      4. Conclusion : un olor típicamente habanero
  2. Table des illustrations

Le travail et l’argent

Les revenus ecclésiastiques du diocèse de Guadalajara en 1708

Thomas Calvo

1Tantôt, en ouvrant un dossier volumineux, se sont échappés quelques feuillets couverts d’une écriture ronde, régulière, parfois parcourue d’impatience que tous les mexicanistes (et d’autres) connaissent bien. Sont remontés les souvenirs d’une expédition que Jean-Pierre Berthe et moi menâmes dans l’Occidente (Guadalajara et Morelia) en février 1986. Ceux qui connaissent bien notre ami savent ce que cela signifie : en rentrant à Mexico, la malle de ma voiture traînait littéralement sur le sol, et le lendemain, il me téléphona, triomphant, pour m’annoncer que pour sa part, au cours du bref voyage, il avait acquis 97 livres. Quant à moi, je ramenais la photocopie d’un volumineux dossier entreposé à l’Archivo del Arzobispado de Guadalajara. L’inscription, sur la couverture, m’avait attiré :

« Relaciones juradas que en virtud del edicto del Illmo Sr Dor Dn Diego Camacho y Avila. arzobispo. obispo de la Nueva Galicia, del consejo de su Mgd, y su predicador, etta mi Sor, se han presentado de las rentas ecclesiasticas que gozaron por el ano de 1708 todos los curas ecclesiasticos, seculares y regulares. hospi- tales, cofradias y hermandades, que gosaron de dhas rentas ecclesiasticas de el distrito de la vicaria de la ziudad de nra Señora de los Sacatecas, reaies y minas de Panuco y fresnillo, villa de Xeres y partido del Monte Grande, en que consta lo que se les regulo de quinto o cinco por ciento de dhas rentas y lo que importo a razon1. »

2Nous passâmes une matinée à apprécier le document, à prendre quelques notes. Jean-Pierre Berthe écrivit en haut de ses fiches : « Volume factice, brochage de papiers divers par ciudades, curatos, etc., non paginé, avec quelques feuilletssueltos ». Je recopiais le document qui servait d’exergue à chacun des dossiers internes, un édit de l’évêque Camacho Y Avila 

«... Hazemos saver como Nro SS P. Innocencio Papa duodecimo fue servido de concederle a la catholica magesd del Rey nro señor (que Dios guarde mu[ch]os anos) la gracia de que el estado ecclesiastico y religioso de este r[ey]no y del Peru2, contribuiesen un millon de ducados de la moneda de este reino, para que con esto y los demas medios que aplica a su real zelo, pudiese inponerse a las maquinas y designios de los herejes enemigos de nra sagrada religion, que intentan hostilidades e invasiones en este reino de la America, y ocupan sus plazas ; haziendo las prevenciones y resistencias comvenientes, conserbar yndemnes las personas y haziendas de sus vasallos, beneficio comun, utilidad y quietud a la de todos estados de este reino. Y para que tubiese efecto dha contri- bucion fue servido su beatitud mandar expedir su breve, su datta, en Roma, a catorze de jullio de mill setecientos (sic) y noventa y nueve años, el qual remitio su Magestad (que Dios guarde) acompanado con su real zedula su fha en San Lorenzo el Real, a onze de abril del año de setez[ient]os, a cuya execucion y cumplimiento no se havia dado paso en este obispado por no haver havido en el prelado desde el ano de setezientos y dos hasta el ano de setezientos y siete, que venimos a el, y hallandonos al presente ademas de dho breve y zedula real, con otro de su Magestad, a nuebe de febrero de setezientos y ocho, en que se nos ruega y encarga, pasemos a poner luego en execucion dho breve sin perder un instante en su puntual cumplimiento. por lo mucho que combiene para la maior defenza de nra sagrada religion, y a su real servicio, y habiendose ya executado lo referido en el arzobispado de Mexico, y los demas obispados de este reino, mandamos se observaze en el nro, de este r[ei]no de la Nueva Galicia3. Para lo qual se publico en nra sancta yglesia cathedral de esta ciudad, edicto general, a los treinta dias del mes de agosto pasado, para lo que toca a esta ciudad, y para lo que mira al distrito y jurridicion de las vicarias mandamos despachar el presente por el qual subdelegamos a los vicarios de ella la comision, a nos concedida, para este efecto. En virtud de la qual cada uno, en su territorio y jurridicion hara que este nro edicto se lea y publique, no solo en la yglesia parrochial donde residiere, sino tambien en las demas parrochias de su jurridicion, en los dias de mas concurzo y solemnidad que ofresieren ynmediatos al resivo de el por cuyo thenor. Mandamos que dentro de quinse dias primeros siguientes al de su publicazion. comparescan ante dhos vicarios todas las personas eclesiasticas, assi seculares, como regulares, curas, beneficiados y doctrineros, prelados de comunidades y combentos, maiordomos de fabrica y cofradias y hospitales de espanoles, e indios, y declaren clara y advertidamente debajo de juramto que hagan la renta y demas emolumentos que tienen y gosan por razon de tales en cada un ano, sin rebaja de gastos, sustento, ni otra cosa alguna ; sino de todo aquello integramente que un ano persivieren por capellanias y memorias de misas, aniversarios, entierros, administrazion de sacramentos, esquilmos de cofradias, limosmas de fabricas y otros qualesquier d[erech]os que por razon de su ministerio tienen y gosan, sin reservazion de cosa alguna, individuandolo todo por partidas distintas, y hecho el monto de lo que cada uno declarare, los revajaran dhos comissarios de las misas de la obligazion que cada uno tuviere anualmente a razon de seis reales, y del superavit que quedare rebaxadas dhas misas, pagaran el cinco por ciento que correspondiere, y lo que assi importarelo depositaran dhos vicarios en persona segura, llana y abonada, a su satisfacion, de que otorgara el tal depositario recivo en forma, obligandose a entregarlo cada [vez] que le sea pedida por nos... Dado en la ciudad de Guadalaxara, acinco dias del mes de septiembre de mill setezientos y nuebe anos... »

3En résumé, en 1699, une fois de plus, le pape autorise le roi à prélever le vingtième de tous les revenus d’origine ecclésiastique de son Église d’Amérique. Bien entendu le prétexte est la lutte contre les hérétiques : en réalité la paix venait d’être signée à Rijswijk (20 septembre 1697), et l’ennemi le plus dangereux était le très catholique Louis XIV... Entre 1700 et 1709 cette mesure fut au moins appliquée dans toute la Nouvelle-Espagne, et étant donné la fermeté du nouveau monarque (maintenant un Bourbon), probablement aussi au Pérou. Pour cela, une vaste enquête fut réalisée, dont le gros dossier que nous avions sous la main, concernant le diocèse de Nouvelle-Galice, était un témoignage. On devine les spéculations dans lesquelles se laissait entraîner Jean-Pierre Berthe : si on retrouvait d’autres lambeaux de cette enquête continentale... Pour l’heure, chacun de nous avait ses préoccupations : pour moi, c’était la ville de Guadalajara, et j’utilisai exclusivement les données s’y rapportant.

4Ses principales conclusions ont été publiées depuis, et on peut brièvement les résumer4 : dans l’automne 1709, 73 individus et 18 institutions de cette capitale présentèrent un état de leurs revenus exclusivement ecclésiastiques. Il y a quelques grandes absences, plus ou moins justifiées : la compagnie de Jésus, le couvent de San Francisco, l’hôpital de la Vera-Cruz. Qu’il s’agisse de clercs ou d’institutions, on retrouve la même assymétrie : une masse ayant des revenus modestes (moins de 300 pesos pour un simple prêtre, 100 pesos pour une confrérie), et quelques privilégiés (5 060 pesos pour le doyen du chapitre, 14 807 pour le couvent féminin de Santa Maria de Gracia). Cette inégalité est encore plus flagrante si l’on examine les revenus d’ensemble de la Cathédrale (évêque. chapitre, fabrique : 58,7 % des revenus ecclésiastiques de la ville). À ce jeu, il est clair que les réguliers sont perdants. Bien sûr. la dîme, dont la Cathédrale accapare l’essentiel, est un élément explicatif essentiel. Mais il en est un autre, qui tient aux origines très différentes des ressources (voir tableau 1). Les institutions sont davantage accrochées au capital, rentières : cela signifie des taux de rémunération préétablis (à 5 %), une érosion progressive du capital (foncier, immobilier) ; donc une faible productivité financière dont bénéficient ses débiteurs. Les couvents, à leur grand dam, détiennent le coffre-fort qui alimente la société laïque (et certains clercs). Les 123 béguines et moniales de Santa Teresa, Santa Maria de Gracia et Jesús Nazareño se partagent 54 % du capital de l’Église de Guadalajara, mais à peine 16 % de ses revenus.

Tableau n° 1. Répartition de la fortune et des revenus de l’Église de la ville de Guadalajara (1708)

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Source : AAG. obispos, cartas pastorales, edictos y circulares, Relaciones juradas.

5Il est temps d’exploiter l’enquête dans son ensemble. À travers tout le diocèse, il y eut 451 déclarations de revenus, 206 présentées à titre individuel. L’exemple de Guadalajara a déjà indiqué la nature de l’évasion : systématiquement, les ordres religieux mendiants ou hospitaliers s’estiment non concernés, renvoient à leurs autorités supérieures : le guardian du couvent de San Diego d’Aguascalientes déclare « no tener en dicho su convento renta ninguna, legados ni obras pias » et s’engage à en rendre compte à Mexico. Quant à l’hôpital de San Miguel des Bethléemites (Guadalajara), il se dit exempté par une bulle de 1561. D’une façon générale, les franciscains traînent des pieds, arguant de leur pauvreté, même lorsque, comme doctrineros (curés) ils ont des revenus certains : ils sont prêts à donner le plus souvent un donativo pingre, mais manifestement n’apprécient pas d’avoir à rendre des comptes. Certains frisent l’insolence : fray Antonio Buitrago (Sayula) « no dio nada y dixo que su prelado pagava por toda la provincia ». Les cas de réelle rebellion sont cependant rares. Ici comme en d’autres circonstances5, Zacualco fait preuve d’insoumission : 8 des 9 confréries, malgré la menace de 50 coups de fouet, ne présentent pas leurs comptes. Et il en est de même pour celle du Santissimo Sacramento de Suchipila. Mais ce sont là des confettis, dont l’absence est contrebalancée par les comptes de 212 confréries, parfois très détaillés. Quant à la compagnie de Jesus, elle ignore superbement l’édit, et personne ne songe à l’interpeller. Il est vrai que les sources de financement étant presque exclusivement séculières, elle se trouvait en marge de l’enquête.

6Un document fiscal relativement fiable : si l’on prend comme critère le cas des confréries, l’évasion fiscale ne dépasserait pas les 5 % ; y a-t-il eu sous-estimation des revenus ? Dans la majorité des cas, ils ont été déterminés à partir de registres (livres paroissiaux, comptes de confréries), et se révèlent donc fiables. Finalement, une enquête homogène, conduite en trois ou quatre mois à travers un immense territoire qui prend en écharpe tout le nord du Mexique, depuis les limites du Michoacán et de la côte Pacifique jusqu’aux confins du Nuevo León. Sa limite est ailleurs : le document ne cerne qu’une partie de la puissance économique de l’Église. En est exclue la propriété foncière de certaines institutions, la compagnie de Jésus, principalement. Mais on n’a pas pardonné, semble-t-il, la moindre tête de bétail aux confréries indigènes. Hors de l’enquête, aussi, le poids de la fortune privée de certains clercs, déterminant pour asseoir le rayonnement de l’institution. Cependant, ici, la limite est nôtre tout autant que celle du document. Avec de la patience, il aurait été possible de dresser, à partir des noms, tout un tableau socio-économique du clergé à cette date. Nous avons reculé devant l’ampleur de la tâche. Mais un bref échantillonnage démontrera qu’élite (en particulier économique) et Église vont de pair. L’exemple le plus marquant se trouve à Ameca : le cas du licenciado don Juan Perez Maldonado, qui ne dispose que de 187 pesos de revenus ecclésiastiques passerait inaperçu, si nous ne savions qu’il est en voie de devenir le maître de tout le riche bassin d’Ameca, « homme chez qui le cerveau supplanta le cœur6 ». Qui connaît bien l’histoire du real de minas de Guachinango, ne sera pas surpris de lire qu’en 1709 son curé était un rejeton de la grande famille Rodriguez Ponce qui depuis un siècle dominait le lieu7.

7Le tableau 2 livre d’abord un chiffre, celui du total des revenus déclarés pour 1708 : 220 695 pesos. En soit le chiffre n’est guère significatif ; il le devient un peu plus si l’on rappelle que ceci ramène le revenu moyen à 500 pesos, environ, confortable pour un individu. Mais c’est alors oublier combien la moyenne est trompeuse, et que nous mêlons pêle-mêle couvents avec des dizaines de religieuses, confréries avec des centaines de membres, et clercs. Il est plus déterminant de rapprocher ce chiffre global de l’ensemble de la richesse produite dans la Nouvelle Galice, essentiellement agricole et minière. En 1705-1709, la dîme a rapporté en moyenne 105 740 pesos8, et représente approximativement 10 % de la rente foncière : celle-ci dépasserait 1 million de pesos. Pour la production minière, pour la même période, il faut envisager environ 1,43 million de pesos par an9. Pour faire court : l’Église détournerait, comme contre-partie des services religieux rendus, un peu moins de 10 % de la production de la Nouvelle Galice, et on ne prend pas en compte l’intervention directe de ses membres, hacendados ou mineurs...

8Dans le détail, le tableau 2 ne doit pas être interprété de la même façon : il ne traduit pas la répartition de la richesse régionale, mais trahit le mouvement d’attraction, voire de dépossession des diverses régions en faveur du centre (Guadalajara), par le biais de la dîme, des chapellenies, des cens, des legs. La répartition inégale, selon les types de revenus, nous éclaire sur les économies régionales (tableau 3). Le Nord-Est minier, riche en capitaux, favorise l’Église sous cette forme, et ses paroissiens ont les moyens de se montrer généreux en casuel (ovenciones), plus même que dans la Guadalajara commerçante. En revanche, les troupeaux du Nord-Est font maigre pitance, tout comme les confréries indigènes dont ils sont le support traditionnel. La zone dite intermédiaire (Aguascalientes, Canyones. Altos) est plus mêlée, économiquement et démographiquement, aussi est-elle la plus équilibrée quant à la répartion des types de revenus. La région centrale, c’est avant tout Guadalajara, capitale religieuse, et donc rentière (voir le tableau 1). Mais les campagnes environnantes sont en mesure de la soutenir, en particulier les riches bassins d’Ameca et Sayula avec au moins 44 % des troupeaux des confréries. Communautés indigènes vivaces, confréries puissantes sont ici la règle. L’Ouest perd progressivement pied, la faiblesse des rentes est un symptôme. Cependant il lui reste une aristocratie nostalgique, capable d’engraisser ses curés par le casuel. et surtout l’élevage s’affirme comme sa grande richesse. Que conclure ? Aucune surprise, un tableau régional qui s’accorde parfaitement avec celui restitué par d’autres sources : donc une bonne adéquation de l’Église dans sa fonction de pompe aspirante.

Tableau 2. Répartition générale des revenus ecclésiastiques (1708)

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Note *1
Note *2

Tableau 3. Répartition régionale des revenus des confréries (1708)

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9Retenons cependant tout couplet trop anticlérical : comme le montre le tableau 4, mise à part la dîme (sous-estimée ici), aucune source de revenu n’apparaît excessive. Mieux, si l’on considère que la population du diocèse approche alors les 80 000 habitants, le prélèvement annuel est de quelque 3 pesos, inférieur au coût clérical dans d’autres régions du Mexique central ou surtout des Andes. Plus encore, il semble largement supporté par les non-indigènes, bien que le montant du casuel des paroisses d’Indiens soit plus que suspect. Enfin, il faut mettre entre parenthèses près de 20 % du total, ce que perçoivent les confréries, sous forme diverse. L’étude du pouvoir économique des confréries américaines est devenu quasiment un topos10, mais l’accent a surtout été mis sur les communautés indigènes, et on oublie vite que les autres peuvent avoir, du moins en apparence, la même vitalité. Cette enquête permet une utile comparaison : les 103 confréries espagnoles et les 109 indiennes ont des ressources comparables (230 pesos contre 174), mais la distribution interne est radicalement différente. Les confréries d’Espagnols, autant rentières qu’éleveurs, comptent sur l’aumône une structure largement cléricale. Et l’on peut supposer que la finalité est de même type (messes). Celles d’indigènes comptent presque exclusivement sur l’agriculture. « L’erreur » du juge ecclésiastique de la province de Sayula (il a confondu revenu et capital !) nous permet de faire l’inventaire des 34 confréries qui ont présenté un état de leurs biens :

Bovins 5 473
Bœufs 56
Chevaux 516
Juments 2 622
Mules 153
Ânes 21
Moutons 1 640
Toisons de laine 140
Maïs 609 fanègues
Fromages 441 pesos
1 propriété 1 850 pesos

tableau 4. Répartition des revenus ecclésiatiques (1708) par catégorie

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10L’ensemble, pour le partido de Sayula, a été évalué à 38 436 pesos, somme non négligeable : on comprend que, parfois, il y ait des heurts entre communautés et curés, pour son administration. La cause semble entendue dans la paroisse de Sierra de Pinos, où le curé présente lui-même les comptes des confréries de naturalles. Les aumônes sont un soutien important pour les confréries, surtout d’Espagnols : dans le cas de la paroisse de Tepatitlan, une organisation est en place. Le demandante de la confrérie de Notre- Dame de la Conception, dont le rôle est précisément de mendier, a remis près de 13 pesos ; « las visitas que la Virgen hase cada mes » ont rapporté 12 pesos ; enfin, de sources diverses, on a rassemblé 23 pesos et demi. D’autres aspects des confréries nous mettraient au contact de réalités par ailleurs bien connues, et d’abord l’importance de celles consacrées au culte mariai : 37 pour les espagnoles, 86 pour les indigènes. Dans une région évangélisée d’abord par les franciscains, l’omniprésence de la Vierge de la Conception ne saurait surprendre : 22 et 60, respectivement, des confréries ont reçu ce vocable.

11Avoir rouvert le dossier, presque huit ans après, a-t-il modifié ma perception de l’Église du Nord mexicain ? Pas fondamentalement, mais certaines convictions se sont renforcées : les années 1700, par ailleurs mal connues, marquent à la fois le sommet de l’hégémonie d’une ville sur une région, encore trop vide, et pour cela mal « ruralisée », et la fin d’une association, celle de Guadalajara et de son propre Occident. Et l’Église, dans tout cela ? Elle joue son rôle, de canalisateur de la richesse, de capitaliste point trop gourmand. Dans un siècle d’inégalités et de privilèges, elle est à l’aise, sans scrupule, et s’inscrit dans l’injustice, marquant bien la distance entre son haut clergé et la masse de prolétaires du goupillon. En fait, si ce dossier a été rouvert, c’était pour répondre à un des points de l’enseignement de Jean-Pierre Berthe : il faut être attentif aux enquêtes ramasser les morceaux du puzzle. Très modestement, c’est ce que nous avons tenté de faire, en espérant que d’autres, à travers l’Amérique, rassembleront le reste.

Appendice

Revenu des clercs (1708)

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Notes

1 À cette date le document n’était pas coté. Sans pagination. Comme toujours, c’est grâce à la diligente amitié de Carmen Castañeda que nous avons pu en obtenir une copie.

2 C’est nous qui soulignons.

3Idem.

4 Thomas Calvo, Poder, Religión y Sociedad en la Guadalajara del siglo xvii, Mexico, 1992. p. 117-120.

5 Voir Thomas Calvo, La Nueva Galicia en los siglos xvi y xvii, Guadalajara, 1989, p. 173-182.

6Jesus Amaya Topete, Ameca. Protofundación mexicana. Historia de la propiedad del valle de Ameca. Jalisco y circunvecindad. Mexico, 1951. p. 232-233.

7 Voir Thomas Calvo : « Entre les exigences de l’économie et celles de la démographie : les esclaves de don Francisco Ponce (Nueva Galicia. 1655) ». Vingt Etudes sur le Mexique el le Guatemala (éd. A. Breton et alii), Toulouse. 1991. p. 243-252.

8 La dîme de 1708 rapporte 117 852 pesos. Ces divers chiffres sont tirés de Thomas Calvo, Guadalajara capitale provinciale de l’Occident mexicain auxviie siècle (thèse), Paris, 1987. t. IV, p. 1852. L’écart avec notre source est notable, une partie de la dîme revenant au roi (11,1 %), une autre aux curés (27,7 %) qui l’ont parfois englobée dans l’ensemble de leurs ressources, sans distinguer.

9 Calculs à partir de Peter Bakewell. Minería y sociedad en el Mexico colonial, Zacatecas (1546-1700). Mexico, 1976, p. 335, et Thomas Calvo. Guadalajara y su región en el siglo xvii, población y economia, Guadalajara. 1992, p. 233.

10 Voir Danièle Dehouve, Quand les banquiers étaient des saints, 450 ans d’histoire économique et sociale d’une province indienne du Mexique. Paris. 1990. 366 p

Notes de fin

1 Y compris les revenus d’origine non spécifiée.

2 L’écart entre les revenus totaux et l’ensemble des revenus partiels s’explique par l’existence de sources de richesse non spécifiées. ( ) Nombre de déclarations de revenus (partidas).

Auge y fin de la grana cochinilla en Cholula (1579-1663)

Norma Angélica Castillo Palma

1Los conflictos generados en la producción y comercio de la grana coehinillar en la región de Cholula durante el periodo que va de 1579 a 1663, culminaron con el abandono de la crianza de este singular producto que liegó caracterizar el paisaje agrario de esta provincia. Consideramos que el hecho de haber puesto término al beneficio de la grana nos revela una forma poco usual de insubordinación india, en particular contra los intereses de los españoles. Decimos lo anterior, en virtud de que los hispanos acaparaban grandes utilidades del comercio de este «género de la tierra». Los principales especuladores fueron aquellos que, investidos de autoridad, la utilizaron para su beneficio personal, encabezados por los alcaldes mayores. Sus excesos lucrativos con los aborígenes aparecen en numerosos manuscritos de archivo.

2Fue efectivamente contra esta opresión que los indios, desgastados por entablar juicios denunciatorios ineficaces, decidieron ejercer su derecho natural de no continuar una crianza que ya no les dejaba mayor beneficio. En los albores del siglo xvii, los comerciantes indígenas ya se encontraban en franca desventaja en la trata de la cochinilla frente a los mercaderes peninsulares. A este rezago se aunaban las presiones de los justicias reaies, mas intensas sobre los tratantes que sobre los criadores.1

3El auge de la producción y comercio de la grana en Cholula data del fin del periodo prehispánico y perduró hasta poco después de la segunda mitad del siglo xvii. Una fuente que nos confirma la importancia de las transacciones de este fruto durante su apogeo, la constituye la gran cantidad de expedientes de la década de 1590 en el «Fondo Cholula» del Archivo de Notarías de Puebla. Estos documentos revelan las transacciones, las deudas, los balances testamentarios donde se mencionan cantidades de arrobas de este insecto, en su mayor parte de tratantes españoles2.

4Reconstituímos la dinámica de los conflictos en el «rescate» de este producto, a través de las quejas de los indios por los obstáculos que les imponían los justicias en el comercio de grana. En lo que respecta a las fluctuaciones en su cultivo, utilizamos las descripciones de numerosos testigos de la época registradas en visitas, cartas, memoriales, etc. En esas narraciones se revela la gran importancia que tenta esta actividad entre los indios cholultecas. Las arrobas de grana cosechadas sólo en Cholula eran considerables3, como también lo eran las provenientes de otras zonas y expendidas en el gran tianguis de esa ciudad. Por esta razón, se puede estimar que Cholula en el siglo xvi era no solo una régión productora de cochinilla, sino también, y sobre todo, un gran centro comercial para su rescate. De acuerdo con nuestros indicios, durante las primeras décadas de colonización podemos considerar a Cholula todavía como un «gran puerto de comercio indígena» pero con una participación cada vez más activa de los españoles.

5Hemos establecido una periodización del comercio indigena de larga distancia en la región de Cholula durante el siglo xvi4. En ella tratamos de determinar las etapas en las que los españoles desplazaron a los comerciantes nativos del tráfico de larga distancia de productos de alto beneficio como la grana y el cacao.

6Desde el momento del contacto hasta 1560, los indios de la vieja estirpe pochteca dominaron las rutas mercantiles que llegaban hasta Guatemala, con lo que aseguraron el abasto de los tianguis de las grandes ciudades como Puebla. A partir de 1570, los españoles comenzaron a acaparar el rescate de cacao y grana. Hacia fines del siglo xvi las dificultades para rescatar esos géneros se incrementaron. Por ejemplo, en esa época los peninsulares llegaron a crear nuevos circuitos marítimos que llegaban hasta Venezuela para el rescate del cacao. En ese nivel, los comerciantes indios quedaron relegados a segundo rango. Por otro lado, los indígenas tuvieron que enfrentar la desleal competencia con los tratantes españoles que, coludidos con los alcaldes mayores, les forzaban a vender su mercancía a menor precio. Debido a estas razones, los comerciantes indios que lograron mantenerse en esta actividad desde el tercer cuarto del siglo xvi, se fueron restringiendo al paso del tiempo a los circuitos regionales y a los tianguis semanales de los pueblos circunvecinos5.

La importancia del beneficio de la grana en Cholula

7En 1545 quedó de manifiesto la preponderancia de la producción de grana en el Obispado de Tlaxcala, al que pertenecía la ciudad de Cholula, cuando un vecino de la ciudad de Puebla declaró que : «... la principal grangería de estas tierras es cacao y algodón en tierra caliente. En tierra fría, dedicánse a hacer arenales, grana y lana.6« El alcalde mayor de Cholula en 1581, Gabriel de Rojas, cita la producción de grana en su descripción de los principales frutos de su jurisdicción:

«Es tierra abundosa de mantenimientos y frutos y a falta de pastos y montes por ser poca tierra y estar toda cultivada de sementeras y nopales en que se coge la grana [...] Cógese gran cantidad de grana que llaman cochinilla y los indios (nochiztli) que cuando menos se cogen en solo esta ciudad son dos mil arrobas poco más o menos y cuando más cuatro mil arrobas según son los años fértiles o estériles [...] El mayor trato que en este pueblo hay es el de la grana así entre espanoles como entre indios y el cacao en el cual trato si indios e indias tan diestros y liberales que cuentan doscientos mil cacaos en un día7

8De esto se puede deducir la extension que pudo haber tenido el cultivo de los nopales de grana, el cual generaba sólo en la provincia de Cholula entre 2 y 4 mil arrobas de insectos secos, cada uno de la talla de una lenteja. En la exposición de Rojas se manifiesta la importancia que tenia el comercio de este fruto entre indios y españoles, con la mención de que los primeros poseían capital y destreza.

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