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Françoise Létoublon
Aoristes et imparfaits des verbes de mouvement chez Homère.
Problèmes d'aspect et de morphologie verbale (ια, ιον, λθον, et
κιov)
In: Études homériques. Séminaire de recherche sous la direction de Michel Casevitz. Lyon : Maison de l'Orient et de
la Méditerranée Jean Pouilloux, 1989. pp. 77-93. (Travaux de la Maison de l'Orient)
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Létoublon Françoise. Aoristes et imparfaits des verbes de mouvement chez Homère. Problèmes d'aspect et de morphologie
verbale (ια, ιον, λθον, et κιov). In: Études homériques. Séminaire de recherche sous la direction de Michel Casevitz. Lyon :
Maison de l'Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux, 1989. pp. 77-93. (Travaux de la Maison de l'Orient)
http://www.persee.fr/web/ouvrages/home/prescript/article/mom_0766-0510_1989_sem_17_1_1737:
ET IMPARFAITS DES VERBES AORISTES
DE MOUVEMENT CHEZ HOMÈRE
Problèmes d'aspect et de morphologie verbale
(ήια, ήιον, ήλθον et εκιον)
Françoise LÉTOUBLON
L'étude du système suppletil du verbe « aller » en grec ancien nous a amenée a nous
interesser a certaines formes dont la structure morphologique n'est pas claire et pour
lesquelles la tradition philologique hésite entre l'aoriste et l'imparfait. Nous voudrions
montrer ici que l'emploi homérique permet parfois de lever cette ambiguïté, particulièrement
dans le cas de ήια. ήιον et de έκιον.
Les emplois de ήια et son opposition aspectuelle avec ήλθον
Nous n'étudierons pas ici tous les exemples, ni de ήια, ήιον, ni de ήλθον, ni de έκιον
cette étude systématique a été faite, mais nous croyons plus interessant de dégager des
classes d'emplois se groupant en séries cohérentes ou se manifeste la valeur aspectuelle
de chaque terme.
L'apposition descriptive
Un des emplois les plus représentes pour ήια, ήιον est l'apposition de type descriptif
(que l'on pourrait éventuellement supprimer sans amputer la phrase d'un élément essentiel
a la compréhension). Il s'agit le plus souvent d'un participe present, quelquefois d'un
participe parfait ou d'une forme adverbiale. Les exemples, nombreux, seront tous cites
afin de mettre en evidence la coherence des emplois, que l'on opposera ensuite a la
cohérence des emplois de l'aoriste ήλθον.
Apposition descriptive au participe présent: type t'jir. πόλλ' άέκον (II. XI, 557).
//. II, 872 (Amphimaque) ος και χρυσόν έχων πόλεμόνδ' ϊεν ήύτε κούρη
VII, 213 (Αίας) ήιε μακρά βιο'ας, κραδάων δολιχόσκιον έ'γχος
XII, 332 του γαρ δή προς πύργον ί'σαν κακότητα φέροντες
XVII, 666, ώς από Πατρόκλοιο βοήν αγαθός Μενέλαος / ήιε πόλλ' άέκο^ν, cf. XI, 557
XVIII, 66 ... ai δέ σύν αυτή / δακρυόεσσαι ί'σαν,...
XXIII, 114 οι δ' ί'σαν υλοτόμους πελέκεας έν χερσίν έχοντες
XXIV, 647 = Od. IV, 300 = VII, 339 = XXII, 497
ai δ" ί'σαν έκ μεγάροιο δάος μετά χερσίν έχουσαι
Od. IV, 493 και τότε δή παρά θΐνα θαλάσσης... / ήια πολλά θεούς γουνούμενος.
Χ, 570 αλλ' ότε δή ρ' έπί νήα θοήν και θΐνα θαλάσσης
ηίομεν άχνύμενοι. θαλερόν κατά δάκρυ χέοντες. / τόφρα...
XVIII, 1 10 ... τοί δ' ί'σαν εί'σω / ήδύ γελίόοντες...
δ' άρ' XIX, 436 ... πρό αυτών / ί'χνΓ έρευνώντες κύνες ήισαν...
/Y. Aphr. V, 72 σαίνοντες πολιοί τε λύκοι χάροποί τε λέοντες
ήισαν
Éludes Homériques
ΤΜΟ 17, Lvon, 1989 :
:
F. LËTOUBLON 78
Apposition descriptive au participe parfait: txpe ήιε νυκτι έοικ(ός (II. I, 47)
//. Ill, 8 Οί δ' άρ' ίσαν σιγή μένεα πνέοντες 'Αχαιοί
έν θυμω μεμαώτες άλεξέμεν άλλήλοισιν
(voir, avec le composé συνίτην, //. VI, 120
ές μέσον άμφοτέρω συνίτην μεμαώτε μάχεσθαι.)
//. XI, 557 a en même temps une apposition au participe pariait et une au participe
τότ' από Τρώων τετιημένος ήτορ ήιε πόλλ' άέκων. présent, ώς Αίας
XIII, 305 ήισαν ές πόλεμον κεκορυθμένοι αϊθοπι χαλκώ.
XVII, 759 ... κούροι 'Αχαιών / ούλον κεκλήγοντες Γσαν
Od. XXIV, 9 ώς αί τετριγυΐαι άμ1 ήισαν.
Apposition descriptive adverbiale : txpe άκήν ϊσαν (II. IV, 429) τ' τ" ϊσαν όρνιθες ώς //. Ill, 2 Τρώες μέν κλαγγή ένοπή
(ci. Ill, 8, cite ci-dessus pour le participe parfait σιγή)
XVII, 266 τόσση άρα Τρώες ιαχή Γσαν
Ce type d'apposition, fréquent avec ήια, ήιον et d'autres imparfaits de verbes de
mouvement comme έστειχον, ne l'est pas avec l'aoriste ήλθον. Des participes apposés
avec valeur descriptive, il faut distinguer d'autres types idiomatiques avec un participe
iutur, la locution perd probablement son statut descriptif, et devient une forme
δ'αύθ1 Έλένην καλέουσ' ϊε périphrastique avec valeur d'intention, ainsi //. III, 383 αυτή
ou XIII, 247 ... μετά γαρ δόρυ χάλκεον ήει / οίσόμενος. De même, avec une apposition au
participe aoriste, une relation d'antériorité semble s'établir entre le participe aoriste et
le verbe de mouvement a l'indicatif, //. IX, 657 ... oi δέ έκαστος ελών δέπας... σπείσαντες
παρά οήας ϊσαν πάλιν; XIII, 214 τόν μέν έταΐροι ενεικαν, ό δ' ίητροΐς έπιτείλας /ήιεν ές
κλισίην etc. Quand le participe apposé est a l'aoriste ou au iutur, la valeur temporelle
semble prendre le pas sur la valeur purement aspectuelle, ou si l'on préfère, la valeur
aspectuelle produit un effet de sens temporel. Nous ne prétendons pas qu'il n'existe
aucun exemple de participe a valeur descriptive qui ne soit au présent ou au parfait :
voici un de descriptif a l'aoriste, il est vrai suivi d'un autre au présent,
Od. XXI, 302 ... ό δέ φρεσίνήσιν άασθείς / ήιεν ήν άτην όχέων άεσίφρονι θυμω. Mais il
existe au moins une forte tendance de la langue a employer les participes apposés avec
valeur descriptive aux themes de présent ou de parfait, dans une association qui avec
ήια, ήιον semble idiomatique chez Homere.
L'expression de l'accompagnement
Dans une autre série d'exemples numériquement importante, on trouve ήια, ήιον pour
exprimer le mouvement d'un compagnon ou de plusieurs compagnons, personnages
secondaires de l'épopée, alors que le mouvement du ou des personnages principaux est
exprimé souvent à l'aoriste.
//., X, 194-7 "Ως ειπών τάφροιο διέσσυτο τοί δ' άμ' έποντο
Άργείων βασιλήες·...
δ' άμα Μηριόνης και Νέστορος άγλαός υιός τοις
ήισαν·
Le mouvement de Nestor (aoriste διέσσυτο, ν. 194) s'oppose à celui de deux groupes de-
compagnons : nous anticiperons sur notre conclusion en remarquant que l'aspect d'imparfait
probable pour ήισαν reprend celui qui est indiscutable pour έποντο. De même pour:
X, 565 "Ως ειπών τάφροιο διήλασε μώνυχας ίππους
καγχαλόων· άμα δ'άλλοι Γσαν χαίροντες Αχαιοί
XII, 88 Οί μέν άμ' Έκτορ' ϊσαν καί άμύμονι Πουλυδάμαντι
XII, 371 ώς άρα φωνήσας άπέ6η Τελαμώνιος Αϊ'ας,
καί οι Τεύκρος άμ' ήιε κασίγνητος καί όπατρος.
δ' άμα Πανδίων Τεύκρου φέρε καμπύλα τόξα. Τοις
XVII, 495 τώ δ'ίθύς βήτην...
τοισι δ' άμα Χρομίος τε καί "Αρητος θεοειδής
ήισαν αμφότεροι· :
:
AORISTES ET IMPARFAITS 79
XVIII, 66 "Ως άρα φωνήσασα (Θέτις) λίπε σπέος· αί δέ σύν αύτη δακρυόεσσαι ϊσαν
Η. Aphr. V, 72 βή δ'ΐθύς σταθμοΐο δΓ ούρεος· οί δέ μετ' αυτήν
σαίνοντες πολιοί τε λύκοι χαροποί τε λέοντες
ήισαν
//. XVIII, 516, la notion d'accompagnement n'a pas d'expression formelle spécifique, mais
se dégage du contexte, et de l'opposition entre ήρχε, à l'imparfait, pour le mouvement
du chef, et ϊσαν pour le mouvement des comparses.
Plus rarement, le verbe ήιε s'applique au mouvement d'un héros important qui « va
avec » des compagnons on ne trouve pas alors d'aoriste du type διέσσυτο, έ'6η, ελιπε
dans le contexte
//. I, 307 Πηλείδης μέν έπί κλισίας και νήας έίσας
ήιε σύν τε Μενοιτιάδη και οίς έτάροισιν
άμ' άντιθέοισ' έτάροισιν Od. IV, 572 αύταρ έγών επί νήας
ήια, πολλά δέ μοι κραδίη πορφυρέ κιόντι
XVIII, 253 = XIX, 126 ... οτε Ίλιον είσανέβαινον
Άργεΐοι, μετά τοΐσι δ' έμός πόσις ήεν 'Οδυσσεύς.
XIX, 431 (cf. 438) βάν ρ' ίμεν ές θήρην, ήμέν κύνες ήδέ και αυτοί
υίέες Αύτολύκου- μετά τοΐσι δέ δΐος 'Οδυσσεύς
ήιεν·
En somme, tout se passe comme si ήιε + άμα (μετά, σύν et le datif) était une association
svntagmatique idiomatique, s'appliquant le plus souvent au mouvement de compagnons
d'un héros dont le mouvement est exprimé à l'aoriste, plus rarement au mouvement du
héros qui devient l'accompagnant.
Cette association implique-t-elle pour ήια un aspect d'aoriste ou d'imparfait ? Le premier
exemple cité dans cette série, //. X, 197, suggère, au lieu de se fier à une intuition du
grec ancien qui peut être fallacieuse, de rechercher quelle est l'association idiomatique
fréquente dans le cas du verbe « suivre ». Or Ebeling {Lexicon Homericum, I, 90) cite
plus de cinquante exemples de l'imparfait είπετο, -οντο avec άμα, un seul de l'aoriste
εσπετο, //. Ill, 376 κεινή δέ τρυφάλεια άμ' εσπετο χειρί παχείη ; il cite aussi un exemple
de l'imparfait avec σύν. Avec άμα, un autre verbe de mouvement non ambigu est attesté
a l'imparfait, non a l'aoriste, στεΐχον. On conclut donc que l'expression idiomatique de
l'accompagnement requiert l'imparfait plutôt que l'aoriste, et que ήια, ήιον dans ce type
de syntagme est un imparfait.
Les co > 7 ιρα ra iso fis
S'il existe beaucoup d'études littéraires des images et de la comparaison, il en existe
peu d'études linguistiques'. Nous renverrons ici principalement au chapitre XVI de P.
Chantraine, Gr. Horn. II, 250-253 (Propositions de comparaison) et au XXVI de
C.J. Ruijgh, Autour de τε épique. Études sur la syntaxe grecque. Amsterdam, 1971, 846-876,
§ 692-713 (« Sur la structure syntaxique des comparaisons épiques »).
On conviendra d'appeler les deux termes de l'image l'un (terme-) réel, l'autre (terme-)
image, et on distinguera dans les comparaisons homériques deux types essentiels en
fonction de la place et du développement donnés à ces deux termes. Dans la comparaison
développée, le terme-image, occupant plusieurs vers, vient d'abord, dans la
brève, c'est le terme réel qui vient en premier lieu, et le terme-image occupe en général
le second hémistiche du même vers, ou un vers entier au plus ; ce deuxième terme est
introduit par ήύτε, ώς τε (Ruijgh, op. cit., § 692, 696-698, 709) ou par un adjectif comme
έοικώς. όμοιος, ίσος, ίκελος (ibid., § 705-706). Les comparaisons ayant pour thème le
mouvement sont extrêmement nombreuses, et le plus souvent, les animaux (lion, oiseaux
1. On renverra a J. Taillardat, 1962, 1977, W.C. Scott, 1974 avec la bibliographie. :
:
:
:
80 F. LÉTOUBLON
etc.) ou les dieux servent de terme-image2. On trouve aussi bien des comparaisons breves
que des comparaisons développées, et dans les deux types, on trouve de très nombreux
emplois de ήιε, ήισαν etc.
La forme s'applique au mouvement réel dans le premier terme d'une comparaison brève :
//. II, 780 Οί δ'· άρ' ίσαν ώς εϊτε πυρί χθων πάσα νέμοιτο
II, 872 ος και χρυσόν έχων πόλεμόνδ' ί'εν ήύτε κούρη τ1 τ' ϊσαν όρνιθες ώς III, 2 Τρώες μέν κλαγγή ένοπή
XIII, 795 οί δ' ϊσαν άργαλέων άνεμων ατάλαντοι άέλλη
Dans les comparaisons développées, on le rencontre dans le deuxième terme (reel).
Dans la plupart des exemples, le terme-image est au présent
//. VII, 213 (comparaison d'Ajax à Ares) σεύατ' επειθ1 τε πελώριος έρχεται Άρης, οίος
τ' είσιν πόλεμόνδε μετ' άνέρας, ... ος άρ' ώρτο πελώριος, ... τοΐος Αϊας
... νέρθε δε ποσσίν
ήιε μακρά βιβάς, κραδάων δολιχόσκιον έγχος
//. XIII, 305
οίος δέ βροτολοιγός "Αρης πόλεμόνδε μέτεισι
τω δέ φόβος φίλος υιός άμα ...
έσπετο ...
τοΐοι Μηριόνης τε και 'Ιδομενεύς άγοί ανδρών
ήισαν ές πόλεμον κεκορυθμένοι αί'θοπι χαλκφ.
//. XVII, 759 (comparaison des Achéens à une nuée d'oiseaux en fuite, voir Scott, 77-79)
τόν δ'ώς τε ψαρών νέφος έρχεται ήέ κολοιών
ούλον κεκλήγοντες, ...
άρ'ύπ' Αινεία τε και Έκτορι κούροι 'Αχαιών ώς
ούλον κεκλήγοντες ϊσαν.
Dans d'autres cas, on trouve pour le terme-image un autre verbe de mouvement, a
l'aoriste dans
//.XI, 557 (comparaison d'Ajax à un lion)
Ώς δ'αϊθωνα λέοντα βοών άπό μεσσαύλοιο
έσσεύαντο κύνες τε και άνέρες άγροιώται
ήώθεν δ'άπό νόσφιν έβη τετιηότι θυμώ,
τότ" από Τρώων τετιημένος ήτορ ώς Αϊας ήιε πόλλ' άέκων-
ainsi que dans
//. XVII, 666 (comparaison de Ménélas a un lion chasse d'une étable ; sur ces comparaisons
traditionnelles, voir Scott, op. cit., 58-62 et 83-95) ...
ήώθεν δ'άπό νόσφιν έ6η τετιηότι θυμώ
ώς από Πατρόκλοιο βοήν αγαθός Μενέλαος
ήιε πόλλ' άέκων-
Dans Y Odyssée, on rencontre aussi dans le deuxième terme, réel, d'une comparaison
développée, ήεν, XX, 89 et ήισαν, XXIV, 9. Dans //. III, 2 cité ci-dessus comme exemple
d'une comparaison brève, la comparaison reçoit une extension (vers 3 a 7)
ήύτε περ κλαγγή γερανών πέλει ούρανόθι πρό ....
si bien que le vers 8 apparaît comme le deuxième terme d'une comparaison développée,
οι δ'άρ' ϊσαν σιγή μένεα πνείοντες Αχαιοί. Ίσαν, repété, encadre donc le présent πέλει
du v.3. qui fait image. Le même phénomène se produit pour //. XIII, 795 le terme-image
2. Sur le thème du terme-image ou comparant, on verra Scott, op. cit., chapitre III, 58-70. :
:
AORISTES ET IMPARFAITS 81
de la comparaison brève est développé par 4 vers, 796-799, qui, avec le présent είσι au
vers 796, jouent le rôle de premier terme-image dans une comparaison développée, avec
εποντο, imparfait pour le terme-réel, au vers 801.
Ces régularités ne peuvent pas s'expliquer par le caractère formulaire de la langue
épique : la diversité des formes attestées le prouve. La cohérence des emplois de ήια
montre son caractère idiomatique dans les comparaisons, et c'est bien son aspect
d'imparfait qui importe pour la valeur descriptive du réel aussi bien dans les comparaisons
breves que dans les comparaisons développées
il allait, pareil a la nuit...
tel un lion qui va..., tel il allait...
Un autre emploi typique de ήια ne peut être développé ici, l'emploi absolu, sans
indication de direction3 : on verra qu'il s'oppose à l'emploi absolu de ήλθον, et que les
emplois paralleles du latin (Ibant obscuri...) et du français (de La Fontaine « Elle allait
a grands pas » a Hugo « Ils chantaient, ils allaient ... on allait ») confirment qu'il s'agit
d'un imparfait duratif. On admettra donc que les emplois idiomatiques de l'imparfait
des verbes de mouvement chez Homere sont l'emploi absolu, l'emploi pour le terme-réel
d'une comparaison, l'expression de l'accompagnement et l'apposition descriptive. Tous
ces emplois sont naturellement compatibles ( plusieurs exemples ont été rencontrés dans
plusieurs des catégories énumérées). On rencontre même le cumul des quatre traits
typiques dans un exemple de Y Odyssée, XX, 89 τοΐος έών οίος ήεν άμα στρατω (emploi
absolu, apposition descriptive au participe présent, expression de l'accompagnement
« avec l'armée » dans le deuxième terme d'une comparaison développée). Il ne s'agit que
de tendances de la langue on pourra rencontrer ήια dans certains emplois que nous
considérons comme typiques de l'aoriste ήλθον (par exemple //.X,286 άγγελος ήει) ; mais
en regle générale, les classes d'emplois idiomatiques sont nettes, et opposent ήια et ήλθον.
Les emplois idiomatiques de l'aoriste
Nous ne ferons pas ici une étude générale des emplois de ήλθον, mais nous nous
limiterons a l'indicatif pour l'opposition avec ήια. On laissera aussi de côté les emplois
avec pour sujet un nom d'arme, le temps ou l'âge, tous emplois qui sont typiques ce
l'aoriste4, mais ne permettent pas de rapprochement ou d'opposition avec ήια.
Le datif
On rencontre un datif « d'intérêt » ou de « participation » dans une grande quantité
des occurences de ήλθον (cf. Schwyzer-Debrunner, 142, Kühner-Gerth, I, 418), par exemple
//. IV 500 ος οί Άουδοθεν ήλθε
XIII, 384 τω δ'Άσιος ήλθεν άμύντωρ
et dans les locutions adverbiales idiomatiques avec έγγύθεν (//. XX, 330), σχεδόν (XXI,
64), σχεδόθεν (Od.ll, 267), άγχίμολον (//.IV, 529) etc., ou avec comme sujet κακόν (//. XI,
363), φάος (XVII, 615), έτος (Od. VII, 261), ίμερος (//.XXIV, 514). Il serait fastidieux et
vain de citer ici tous les exemples ; qu'il suffise de noter que cet emploi, non attesté
avec une telle fréquence pour ήια, semble typique de la valeur déictique « centripète »3
de ήλθον. C'est ce que semblent d'ailleurs suggérer Schwyzer et Debrunner (loc.cit.) en
citant un exemple homérique et de nombreuses occurences de l'époque classique, et en
traduisant par « (zu jemand) kommen ».
3. Ct. Létoublon, // allait, pareil a la nuit. Les verbes de mouvement en grec : supplétisme et aspect verbal. Paris, 1985.
4. Cf. ibid.
5. Sur le terme (de préférence à afférent chez G. Guillaume), et sur l'emploi homérique de ήλθον voir chapitre
ibid., « Les emplois de ήια et son opposition aspectuelle avec ήλθον » (nous discutons l'ouvrage de A.
Bloch, 1940, voir la discussion qu'en fait K. Strunk, 1977). ;
:
:
'
;
F. LÊTOUBLON 82
Ηλθον et l'interrogation
On trouve ήλθον dans différents types de questions qui semblent idiomatiques, et ne
se reneontrent pas avee le theme "ci- la question sur le moyen de transpurt, πώς
« comment es-tu venu ? »
()d. X, 64 πώς ήλθες. Όδυσεύ ;
XI, 57 Έλπήνορ. πώς ήλθες ΰπό ζόφον ήερόεντα :
XI, 155 τέκνον έμόν. πώς ήλθες ύπό ζόφον ...
semble correspondre a des formes positives avec apposition (voir ci-dessous) du tvpc (εφ' πεζός, αυτόματος, ou a d'autres moyens syntaxiques indiquant le moyen de transport
ίπποις. έπί νηί etc.). La question sur la raison de la demarche se lait avec τίπτε
άπ' Ούλύμποιο //.VU, 25 τίπτε δ'αύ μεμαυΐα ... ήλθες τίπτ' XIII, 250 πόλεμόν τε λιπών και δηιοτήτα ; ήλθες δευρ' Od. IV, 810 τίπτε. κασιγνήτη. ; ήλυθες
XI, 94 τίπτ'αύτ'. ώ δύστηνε. λιπών φάος ήελίοιο / ήλυθες :
Cela correspond à l'apposition du type άγγελος, ou a l'expression de l'intention d'une
demarche par un participe lutur, ou par une subordonnée introduite par ίνα. όφρα etc.
Ηλθον et l'apposition predicative
On rencontre avec ήλθον d'importantes series d'exemples d'appositions, qui au premier
abord se rapprochent des exemples d'apposition avec ήια (ci-dessus). Mais les appositions
avec ήλθον sont en majorité des adjectifs ou substantifs, avec ήια des participes. Surtout,
ces adjectifs ou substantifs se groupent en series morphologiques et sémantiques cohérentes.
adjectif ordinal
Les adjectifs ordinaux attestes permettent d'extrapoler: les adjectifs ordinaux en accord
avec le sujet de ήλθον sont idiomatiques ehe/ Homère. On trouve en effet « premier », πρώτος
//. XVII, 257 πρώτος δ'άντίος ήλθε θέων ανά δηιοτήτα
Od. XI, 51 πρώτη δε ψυχή ήλθεν εταίρου Ελπήνορος
« deuxième »,
//. Χ, 368 ... ϊνα μ ή τις 'Αχαιών...
φθαίη έπευςάμενος βαλέειν. ό δέ δεύτερος ελθοι
(et le radical δευ - avec une forme de superlatif et le sens
« ensuite en dernier lieu »,
//. XIX, 51 αύταρ ό δεύτατος ήλθεν ανας ανδρών ...)
« quatrième »,
αλλ' οτε τέτρατον ήλθεν έτος ... Od. II, 107
(Line analyse de τέτρατον comme epithete est possible aussi)
« sixième »,
Od. III, 415 τοΐσι δ'έπειθ'έκτος Πεισίστρατος ήλυθεν ήρως
« huitième »,
αλλ* οτε δή όγδοόν μοι ...έτος ήλθε (cl. ci-dessus pour « quatrième ») Od. VII, 261
« neuvième »,
δ' εϊνατος ήλθε παλίντονα τόξα τιταίνων //. VIII, 266 Τεύκρος
et « dernier »,
//. XXIII, 532 υιός δ'Λδμήτοιο πανΰστατος ήλθεν άλλ(ον
cf. ib. 547 τώ κ'οϋ τι πανύστατος ήλθε δκόκων
Wackernagel (\'ortesim^eii, II, 66) cite cette catégorie de syntagmes comme idiomatique
en grec, et cite le parallele Irancais « /'/ csi \'cuu te premier, le dernier» et latin primus,
adjectif ituiicfiiaui le moyeu de tratisport
II. II, 408 αυτόματος δέ oi ήλθε βοή ν αγαθός Μενέλαος
πρόσθ' ίππο)ν XIII, 384 ... τω δ'Άσιος ήλθεν αμύντωρ / πεζός
XVII, 613 πεζός γαρ τα πρώτα λιπών νέας άμφιελισσας ! ήλυθε
suggèrent que l'on pouvait repondre a Line question du tvpe πω; ήλθε.;: par Lin adjectil έφ' ίπποι; « a au nominatif, πεζός « a pied », aussi bien que par Line locution comme :
:
;
;
:
;
:
:
AORISTES ET IMPARFAITS 83
cheval » (en char), έπί νηί « en bateau ». En regard des locutions homériques, Wackernagel,
loc.cit. invoque des syntagmes de l'époque classique avec δρομαΐος sans citer la forme
verbale, ou μέγας ρεΐ avec un présent chez Homere, ce type idiomatique semble
caractéristique de ήλθον, de είλήλουθα et peut-être de ίκόμην.
adjectif de position
Dans de nombreux exemples, l'adjectif apposé indique la position dans laquelle le
déplacement met l'arrivant par rapport aux personnages-repères de renonciation : devant,
derrière, a droite, a gauche, toutes positions essentiellement deictiques
Od. XX, 242 ...αύτάρ ό τοΐσιν αριστερός ήλυθεν όρνις, / αίετός ...
et série avec άντίος et souvent un datif d'intérêt
...άλλ" Αγαμέμνων / άντίος ήλθε θέων, ... //. VI, 54
XV, 584 ος ρά οί άντίος ήλθε θέων άνά δηιοτήτα etc.
ou avec ενάντιος
//. VI, 251 ένθα oi ήπιόδωρος έναντίη ήλυθε μήτηρ etc.
adjectif de la localisation temporelle
Wackernagel, op. cit., 65, part de l'expression homérique πεμπταΐοι. τριταίοι άφίκοντο .
Mais un adjectif apposé indiquant la date ou le moment d'un déplacement ou d'une
arrivée semble idiomatique avec ήλθον
Od. II, 262 κλύθί μευ, ο χθιζός θεός ήλυθες ήμέτερον δώ
III, 311 αύτήμαρ δέ οί ήλθε βοήν αγαθός Μενέλαος
IV, 450 έ'νδιος δ'ό γέρων ήλθ' έξ αλός,...
IX, 336 έσπέριος δ'ήλθεν καλλίτριχα μήλα νομεύων cf. XVI, 453
//. Π, 56 = Od. XIV, 495... θεΐός μοι ένύπνιον ήλθεν όνειρος
De ces appositions, on rapprochera d'autres moyens syntaxiques indiquant avec le même
theme verbal le moment d'une arrivée,
//. III, 189 ήματι τω ότε τ1 ήλθον 'Αμαζόνες άντάνειραι
XI, 708 ... οί δέ τρίτω ήματι πάντες / ήλθον όμως αυτοί τε ...
Od. XVI, 206 = XIX, 484 = XXII, 208 = XXIV, 322
ήλυθον είκοστφ έ'τεϊ ές πατρίδα γαιαν.
qualité ou profession
L'apposition indiquant la qualité ou la profession de l'arrivant est très abondamment
attestée chez Homere, et semble correspondre a des types idiomatiques analogues dans
d'autres langues6
//. XXI, 431 ... ως Αφροδίτη / ήλθεν Άρη' επίκουρος, έμω μένει άντιόωσα (cf. en français
venir en allié, en renfort), et de nombreux exemples de άγγελος,
//. II, 786 Τρωσίν δ'άγγελος ήλθε ποδήνεμος ώκέα Ίρις
(cf. Ill, 121 V, 803 XI, 715 XVIII, 2 ; XXIV, 194 ; XXIV, 561), cf. français venir en messager.
superlatif de qualité : la hiérarchie des personnages de l'Iliade.
Des adjectifs ordinaux formés avec les suffixes -τερος ou -τατος, on rapprochera une
série d'emplois avec un superlatif de qualité
//. II, 216 (Thersite) ... αίσχιστος δέ ανήρ ύπό "Ιλιον ήλθε7
ib., 673 Νιρεύς. ος κάλλιστος ανήρ ύπό Ίλιον ήλθε.
ib. 248-9 ου γαρ έγώ σέο φημί χερειότερον βροτόν άλλον
εμμεναι. όσσοι άμ' Άτρείδης ύπό "Ιλιον ήλθον
peut être ramené à une formule sous-jacente du même type,
χερειότατος σύ ύπό "Ιλιον ήλθες.
6. Voir Wackernagel, Vorlesungen, II, 65-68, V. Van Väänänen, 1951 (latin et langues romanes, finnois), et dans
le courant guillaumien, G. Moignet, 1975. En français, on citera les types idiomatiques fréquents partir
content, arriver fourbu, venir le premier.
7. Sur le personnage et son nom, voir P. Chantraine, l'Antiquité classique 32, 1963, 18-27. :
:
,
:
84 F. LÉTOUBLON
Cette série de trois exemples suggère que les aèdes de X Iliade ou au moins ceux du
chant II, axaient tente de classer les personnages de l'Iliade dans différentes échelles de
valeur (beau / laid, bon / mauvais, brave / lâche)8 comme ils les axaient classes en
fonction de leur origine géographique de leur ordre d'arrivée a Troie (πρώτος etc.) et
du moyen de transport utilise. Cette classification avait peut-être un role dans la
mémorisation des formules, et un rôle d'agrément stylistique dans ce Catalogue qui veut,
avec l'aide des Muses dire όσοι ύπό Ίλιον ήλθον (II, 492).
Dans tous ces types de nominatifs apposes au sujet de ήλθον, la qualité évoquée n'existe
comme telle que du fait du mouvement le numéro d'ordre attribue au premier, au
deuxième... au dernier n'a de sens que par le procès de έλθει ν ; la qualité de messager
ou d'allié de celui dont on dit άγγελος ήλθε est liée à ce procès, et le classement
hiérarchise des personnages ne vaut que pour les combattants presents sous les murs
de Troie.
L'étude des types syntaxiques paralleles dans d'autres langues (les langues romanes et
le cas essif du finnois chez Vàà'nà'nen, 1951, le parallele de l'instrumental russe cite par
Lyons, 1970 et certains faits anglais, irlandais et espagnols cités par Anderson, 1973, 52-
55) suggère qu'il s'agit d'une expression d'un état provisoire ou contingent cette apposition
se rapproche donc d'un attribut, ce qui justifie la tradition allemande (Kiihner-Gerth, I,
273-276, Wackernagel, Vorlesungen, II, 68) qui l'appelle prädikativ. Le caractère provisoire
ou contingent de l'état exprime par un nominatif en accord avec le sujet du verbe est
lié au déplacement soit qu'il en resuite (on est le dernier parce qu'on arrive le dernier,
on est en face, à gauche ou à droite, parce que c'est la que l'on s'est place), soit qu'il
prenne fin avec lui, dans le cas ou l'apposition predicative indique le moyen de transport
ou la mission dont on était charge.
Ce type d'apposition rencontré en grec avec ήλθον à l'exclusion du theme V/-, le
rapproche d'un verbe d'état, et c'est peut-être par des voies analogues que s'est établie
la filiation entre venir et deveiiir en français, to come et to become en anglais.
Les classes d'emplois de ήιω, ήιον et de ήλθον se distribuent en series cohérentes et
opposées, impliquant un statut aspectuel different des deux formes. Comme on n'a aucun
doute sur la nature d'aoriste de ήλθον et que seul ήια est morphologiquement suspect
à cause de sa desinence, on conclura que ce dernier est un imparfait du point de vue
de l'emploi et que c'est aussi un imparfait morphologique maigre son anomalie4 il se
peut que l'anomalie de la forme s'explique comme un archaïsme, remontant a une
période de l'indo-européen ou le preterit, avec l'ancienne desinence de médio-parfait,
restait indifférencié (F. Bader, 1974, 22). En tout cas, dans la langue homérique, l'emploi,
en opposition manifeste avec celui de l'aoriste ήλθον, interdit absolument d'interpréter
la forme comme aoriste10. On verra au contraire dans la tendance vers une flexion
thématique ήιον" un indice de ce que la forme était sentie comme impartait et se
8. On verra d'autres indiees de ce type de classification ehe/ Homere dans C. Mugler, « Valeur et médiocrité
dans la perspective de Y Iliade », RPh, 52, 1978, 224-263. La hiérarchie de la valeur est au centre de l'ouvrage
de G. Nagy, The best of the Achaeans. Concepts of the Hero in Archaic Greek Poetry. Baltimore, 1979 (John
Hopkins Paperbacks ed., 1981). Nous étudions ces classifications homériques dans «Deli et combat dans
V Iliade», REG 96, 1983, 27-48.
9. On attendrait *ήα *eun (forme a augment long), cf. skr. avant. Ήια serait retait avec -/- du pluriel (Schww.er,
674, note 3, Chantraine, Gr. Horn., 285, Morphologie, 204 avec la note I, Lejeune, Phonétique, 170, §173) si
la désinence -a, insolite à l'imparfait du verbe « aller » comme du verbe « être », vient phonétiquement de
*-m. (autre hypothèse faisant intervenir le tokharien, chez F. Bader, 1976, 51).
10. Ήια, ήιον a une valeur aspectuelle d'aoriste pour L. Meyer, 1879, 98, Β. Gildersleeve, AJPh., 4, 1883, 161,
Brugmann-Delbruck, 1886, 1913, Grundriss, II, III, 2, 747, Brugman-Thumb, G riech. Gramm., 558, des doutes
chez Bloch, 1940, 40-41.
11. Sur ήιον, forme thématisée d'après la troisième personne du pluriel, cf. Kùhner-Blass, 218, Schuvzer, 674,
Chantraine, Gr. Horn., 285. Une flexion de plus-que-parfait a eu aussi un certain succès (Chantraine, ib., 285-
286) et a été adoptée par l'attique {id., Morphologie, 205). :
:
:
:
:
:
AORISTES ET IMPARFAITS 85
conformait au schema formel de l'imparfait le paradigme anomal était normalisé en
fonction de son emploi.
Le problème de έκιον : doublet de ήιον, ήια ou doublet de ήλθον
Ce verbe spécifiquement homérique (non classique et rarement attesté apres Homere,
même en poésie) se rattache étroitement au prétérit du paradigme supplétif par l'emploi,
et pose un problème d'aspect analogue à celui de ήια, au point que certains philologues
ont tiré argument de εκιον pour faire de ήια un aoriste.
La forme
Le present κίω n'est atteste que chez Eschyle12, et ne prouve donc pas que les formes
a desinence secondaire soient des formes d'imparfait. Au contraire, des formes thématiques,
qui ne sont attestées qu'avec désinences secondaires sont plus sûrement des formes
d'aoriste que d'imparfait (ainsi pour ήλθον); l'existence d'un aoriste isolé à date ancienne
ne surprend pas, l'indépendance des termes verbaux étant alors de regle. Il est vrai
aussi que dans la langue homérique, aucune des formes de ce verbe n'est caractérisée
sûrement comme aoriste à l'indicatif toutes sont ambiguës.
La tradition (Chantraine, Gr. Horn., 392-393, Schwvzer, 686 et 747) voit dans εκιον un
aoriste radical thématique avec vocalisme radical réduit régulier dans la formation, et
pose une racine "key- suffixee en -n-, qui permettrait les rapprochements suivants
"ki-u-en-Hii > gr.'KiVFA^i. thématisé en Ktvé(F)(D, cf. skr. ciuotî
"ky-u-to > συτο
*kv-)i-utoi skr. cuiute, gr. κίνυται (avec ï qui fait problème, comme dans κΐνέω faudrait-
il poser 'ki-H-, et, dans ce cas, aurait-on une trace du '//dans la forme d'aoriste μετεκΐαθον ?)
"ky-en- εσσευα, forme éolienne homérique (cf. έ'χευα a côté de l'attique εχεα)
*k\-n-dhi σϋθι. impératif cité par Hésvchius.
La racine non suffixee avec vocalisme plein est attestée par le présent védique ceiï <
"kei-ti. Le vocalisme réduit attendu dans l'adjectif verbal "ki-ίυ- est attesté en sanscrit,
cita- et en latin, citus.
Mais on sait qu'il existe peu d'aoristes thématiques radicaux remontant sûrement à
l'indo-européen (gr.è'Fiôe, skr. avidat, ci. Schwvzer, 746 avec la note 2, Watkins, Idg. Gramm,
63-64). Dans beaucoup de cas, des formes athématiques résiduelles suggèrent que la
thématisation est secondaire et due a des réfections analogiques. Ainsi pour l'impératif
κλύθι et le participe κλϋμενος en face de l'indicatif thématique (thématisé) εκλυον
(Chantraine, Gr. Horn., 392, Morphologie, 172), l'impératif attique πΐθι en face des formes
thematisees (επιον. impératif homérique πίε). Chantraine suggérait déjà (Morphologie, 172)
que les aoristes de racines dissyllabiques pourraient s'expliquer aussi comme des réfections
d'anciens aoristes athématiques à partir de la troisième personne du pluriel, idée
réactualisée récemment par K. Strunk (1970) a l'appui d'une hypothèse phonétique sur
les larvngales, puis par P. Monteil (1978), dans une systématisation morphologique justifiée
par une autre hypothèse phonétique le vocalisme réduit anomal dans certains aoristes
thématiques dénoncerait leur caractère athématique primitif, avec vocalisme réduit attendu
au pluriel.
La forme έκιον pourrait relever d'une explication de ce type si l'on suit K. Strunk,
(1967; 86-103): chez Homere, la forme εκιον est toujours une troisième personne du
pluriel (pas une premiere personne du singulier), et pourrait être interprétée comme
athématique, "e-ki-\v-o}it, avec le forme "ki-\v- du theme III attendue devant l'initiale
vocalique de la desinence. Cette était normalement au pluriel dans le
paradigme de l'ancien aoriste radical athématique, εσσευα, a l'époque où celui-ci aurait
comporte des alternances vocaliques du même type que έ'στην / έσταν. Ce paradigme
12. Choépliorcs, 680 έπείπερ άλλως, ώ ςέν\ εις "Αργός κίεις.